Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Pourquoi tu restes à souffrir

    Bourbouille dévorante que cette ville sur la peau des bras. Parfois jetant le sort d’une fièvre purpurique, l’infecte me démange qui pourtant suis né d’elle et je la gratte au sang, puis je passe l’onguent trouvé devant ma porte, la pulpe de son fruit, le gras de ses mamelles, cela que l’on ne sait qui retient de partir. — Pourquoi tu restes ? demande Vénus sans son chapeau, pourquoi tu restes à souffrir. On mange un bar avec du riz dans le coin d’une sorte de resto, grande salle marbrée, qui se loue en fin de semaine. On imagine des mariés, leurs têtes de poissons tristes. Au retour on épelle à voix basse l’écriture des taxis.

    Vie d’Éros Sambóko #10

    26 Mai 2020
    Chapeau, Fièvre, Peau

  • Ainsi se fabriquent les personnages

    Je n’ai pas de vie.
    Je suis une chaussure.

    Des petites choses occupent les gens. Si l’on veut c’est enviable à l’étage d’un appartement, quand la ville se voit, qu’on surplombe la misère. Mais loger dans un contrebas, ça pousse à ne rien faire, à dire d’une autre façon.
    Artisan, je forge l’écart. Me détoure, supprime le fond. Réinvente un jardin d’avant la confusion, désarroi de naissance. Ainsi se fabriquent les personnages, vivant au bord des masses, qui se croisent quel que soit le temps.

    Vie d’Éros Sambóko #9

    19 Mai 2020
    Écart, Confusion, Naissance, Personnages

  • Marcher vers une seconde

    Derrière le mur, terre pentue et l’herbe en désordre. Vie parallèle à la rue bruyante, au ruisselet d’en-bas, entre les deux, soi. Qui ne s’invente. Le je voudrait mais contre lui cet anodin passé d’enfance sans malheur. N’y plus penser, demain, le jour même, croisant les gens dehors, leurs faces lisses, leurs chairs blindées par des onctions, ni les haïr, non, me perdre en l’inquiétude de quelques égarés, marcher vers une seconde, ventre creux, où le soleil explose d’être à l’ombre soudain d’un corps qui s’incline. Pour l’instant, à deux pas de la pente herbue, les iules de retour avec les pluies glissent sur le sol immobile. On dirait des trains électriques.

    Vie d’Éros Sambóko #8

    12 Mai 2020
    Corps, Rue, Temps

  • J’irai à Sainte-Lumière voir si des chapeaux

    Oh moi, ça va. Tu sais, je m’écris, je m’efface, d’être là ou pas. J’arpente les fissures. De temps en temps pousse une joie. Si brève. Clignotement de luciole, vapeur d’une queue de comète. Je bredouille un vœu, un soupir de bête. Au bord du canal j’ai marché pour rien l’autre nuit, sans les ombres qu’on attend d’elle, juste des rats crevés dans l’eau. J’irai à Sainte-Lumière voir si des chapeaux, de couleur ou le même, ou fleuri, ce serait beau des fleurs couvrant ton crâne indigène, des cheveux d’anges sur fond noir ou du jasmin d’Arabie. Avec une perruche au faîte. Qui crierait kio kio kio. Et tu aurais des ailes.

    Vie d’Éros Sambóko #7

    5 Mai 2020
    Chapeau, Comète, Luciole, Nuit, Perruche

  • Caroline Dufour, Là nos belles tendresses

    où bon te semble au moins ta tête à défaut de voir ce qui pousse ou tremble chut mais tu refuseras de toute manière c’est le corps en premier et les …

    Là nos belles tendresses
    1 Mai 2020

  • Ses longs doigts perdus dans des tresses

    C’est vrai qu’il y a les oiseaux. Des froufrous qui s’ébattent. Derrière le mur. Du côté droit. Colonie de spermètes. Quelquefois une roucoule-bonnet-bleu picore ma faiblesse. Vénus m’appelle pour me dire quoi. Elle coiffe non loin, à deux pas presque. Elle s’entriste, oublie ses mains, ne sait plus ce que ses doigts, ses longs doigts perdus dans des tresses, ses propres doigts quand la nuit vient elle ne sait plus à quoi ça sert et voudrait se couper la tête. Elle a perdu son chapeau rouge. Quand on s’est vu, dimanche je crois, elle avait les ongles verts, légèrement pomme de France. Et toi ?

    Vie d’Éros Sambóko #6

    27 avril 2020
    Chapeau, Oiseaux

  • Aisé parfois sous le drap

    Éros me dis-je, jeté là, aisé parfois sous le drap, ne pensant qu’à soi-même, d’ailleurs qu’est-ce que penser ? comme trier des choses dans les poubelles, choses d’autrui, tissus de corps abandonnés, entaille d’un côté, le devoir sur papier gras, le cercle rouge de la faute, les noms que l’on piétine, qu’est-ce que dire ? ou se prier de ? ne pas — faire le mal selon la loi, contrevenir la piété, haïr l’insu — peut-être — taire aussi ce qui ne se peut, car d’en-haut le dieu commande, mais moi ? si j’aime par le biais, le détour, si j’absente. Et qu’est-ce que ce dedans du parler seul ? quand la fenêtre ouverte, quand le vent.

    Vie d’Éros Sambóko #5

    20 avril 2020
    Choses, Corps, Penser, Soi

  • Il a plu dans la nuit

    Il a plu dans la nuit mais il a plu en moi, seulement pas d’une chose pareille à l’eau du ciel. Je suis encore couché. Les gendarmes dehors grincent au seuil des cahutes si mal embobinées, pendantes. Râle des voisins sous l’arbre à couilles. Jouir sur le lit que je leur sois obscur. Sortir à dix heures moins cinq prendre le soleil en face, puis refermer. Je hume un instant les rues et claque la porte. Au nez. Au visage du quartier sans nom. De lui je pourrais lister tous les sons, en degré de finesse ou de grossièreté, annoter la hauteur des avertisseurs de motocyclettes, le rire des écoliers, les pets du flic au coin, jusqu’au froufrou que fait la chute d’un kleenex. Dormir pourtant, dormir dans l’oubli de soi.

    Vie d’Éros Sambóko #4

    16 avril 2020
    Corps, Nuit, Pluie, Sons

  • Les taches qui sont des îles

    L’ampoule à blanc est le soleil d’une géographie du sang, bien que l’on voit à peine les rivières bleues d’opale courir sous la peau des cuisses. Je regarde au plafond les taches qui sont des îles. Le matin, lui, s’allonge contre moi, pas l’autre et ses abois de chiens, un qui sait unir la fraîcheur du citron et l’odeur des aisselles. Le tronc violet du bougainvillée, ses ramures pépiantes, avec les spasmes d’un sommeil léger. Donc aussi contre lui je pense que ce qui je est en ailleurs de la toute-puissance du monde. J’entends son bruit, jusque dans l’ordinaire des voix, la sale rumeur de l’ordre, mais je ne suis pas là.

    8 avril 2020
    Ailleurs, Corps, Matin, Sang

  • Ressemble à la mer pas vue

    Chambre, l’inquiète chambre sans musique. Au sol battu. Je lis ses cartes levées dans ma tête, les reliefs où se posent mes pieds. Mon crâne pourrait s’y fendre. Il ressemble à la mer pas vue, à des rivages sur qui marcher sans leur faire mal, ni déranger les traces de la pluie. Double miroir, de lui lavé contre les chiques et de mes ongles que peinture la poussière. Là pourtant, rien de mon visage. La faille musculaire. Puis la douche avec ses carreaux, noirs et blancs jointés de crasse, de pensées, l’affreux damier partout jusqu’à hauteur du cou, les points de rouille sur le tuyau, les saintes coulures.

    Vie d’Éros Sambóko #2

    2 avril 2020
    Cartes, Chambre, Mer, Miroir

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ISSN 2610-7449
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