Alors, tête hors, la tenir, nageur, au-dessus des forêts dans un carré de peinture où l’air englobe tout le creux des choses, je respire, le poivré des broussailles en bas, la vase des ravines et tant d’un inconnu et ce qui est à taire des houles qui repaissent, toujours à la fenêtre s’encadre un chien rêveur. Le vide de soi, en maux de nuque, ventre, est dans l’œil affamé par son errance même, on cherche par va-et-vient tremblant un reflet qui traverse le blues des vitrines. Chaque être seul, amarré au vœu ou calcul que la nuit ne s’achève sans vision du plaisir tend jusqu’au cou vers l’embrasure à sa portée, puis sans se renoncer ne copule qu’avec les dévotes tristesses : où se trouve le promis de la bouche divine, là-haut, passé la mare du feu ? Peut-être que le vent qui sur la plaque imprime ces corps délités, le blanc d’œuf des coulures d’avions, parvient à le nommer, l’ajointant à une paternité si étrange qu’on n’y comprend rien, lui, dans son humble énormité d’au-delà, le royaume et nous dans les sépulcres lunaires.
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Que sera sera, souvenir(s) par Giovanni Merloni
Pour la Ronde de ce 15 mai à laquelle Dominique Autrou m’a aimablement convié, surgissent au tournant du chemin les souvenirs de Giovanni Merloni, auteur du Portrait inconscient, portrait multiple fait, selon son à-propos, à l’insu des personnages ou des choses, au-delà d’un miroir secret. Au sein du pluriel d’un thème au singulier, entre ses parenthèses et la sombre actualité, apparaît la figure de “babbo”, le père, qui dévoile que le souvenir(s) allie, dans l’esprit du lecteur transporté, le rêve et la lucidité. Merci à Giovanni.Que sera sera
Je n’aurais pas dû attendre la dernière minute.
J’allais à la rencontre de mes amis de la Ronde sans me faire de soucis. Je me disais que le 15 mai était encore loin, et m’amusais à errer parmi des souvenirs éloignés ou proches comme s’il s’agissait de rêves en lutte les uns contre les autres.
Je me demandais : « Est-ce qu’on peut épingler les souvenirs à des étagères secrètes ? » « Demeureraient-ils tranquilles à leur place, sans bouger ou filer à l’anglaise ? »« Y a-t-il un rapport entre les objets et les images évoquant par exemple une personne chérie et les souvenirs de cette même personne qui font irruption dans nos rêves diurnes et nocturnes, sans nous prévenir ? »
« Que reste-t-il de tout cela ? »
Je me demandais aussi si j’avais tout rêvé de ma vie passée ou ultra-passée, puisqu’il a toujours été très difficile de la raconter. En tout cas, je ne réussissais pas à trancher, à décider de quoi aurais-je trouvé enfin le courage de me libérer avec le talent nonchalant d’un ailier gauche, avant d’en partager la reconstruction, ô combien difficile…
« Parlerai-je d’un souvenir d’amour ou d’un souvenir de mort ? »
« Ressusciterai-je l’un de mes conjoints, ayant formé intimement ma personnalité et son parcours constellé d’intermittences ? Ou alors ferai-je revivre un ami, une amie, une personne rencontrée par hasard, dans la rue, le temps d’un instant ? Un quidam qui me donna pourtant, si le souvenir est sincère, quelques inoubliables suggestions ? »
J’étais juste en train de faire une sorte de liste mentale des rencontres que le hasard m’avait octroyées avec des inconnus clairvoyants et parfois même charismatiques, quand la nouvelle insupportable du dernier attentat de Paris a tout brisé.
Incapable de me souvenir de quoi que ce soit, je me suis figuré la mort de cet homme de vingt-neuf ans qu’on a appelé provisoirement « un passant ». J’ai essayé de reconstruire le trottoir où celui-ci poursuivait le fil de quelques engagements, s’adonnant aussi, comme la plupart des passants parisiens, à l’insouciance d’un samedi soir comme les autres, à cette petite liberté qu’augmente le plaisir de croiser des gens installés aux terrasses des bars, en train de s’échanger des sourires, des petits contacts, des promesses… J’ai vu ou cru voir la scène d’un film d’horreur tout à fait déplacé et brutal dont je n’aurais jamais voulu me souvenir.
Puis j’ai pensé à cet homme de vingt-neuf ans… C’est le même âge que j’avais quand mon deuxième enfant, Paolo, est né. Il a maintenant quarante-quatre ans et se promène, lui aussi, vertigineusement, dans les rues de Paris, comme moi-même d’ailleurs…
Je me suis alors souvenu de premières heures de Paolo et j’ai revu son nez de Pinocchio pointant derrière la vitre de la couveuse où l’on avait emprisonné le temps, heureusement bref, d’être hydraté… Quand il était un bébé, Paolo ressemblait beaucoup à sa mère, mais aussi à mon père, ce qui s’est successivement accentué jusqu’à cet âge adulte où il m’arrive de m’adresser à mon fils avec les mêmes attitudes de respect et d’attente de protection que je réservais à mon père, que j’appelais « babbo »…
« Dépêchez-vous à faire des enfants ! » disait mon babbo, en s’accompagnant d’un geste éloquent. Mais pour ma sœur, mon frère et moi, c’était encore tôt, hélas.
Il aurait été bien fier de ses sept petits-fils, venus au monde au bout de dix-huit ans après sa disparition. Et, peut-être, ce nouveau rôle de grand-père l’aurait emmené à nous laisser découvrir quelques-uns de ses secrets…
Mon père est parti, encore jeune, avant l’explosion de 1968. Il n’a rien su de la décadence de son Parti socialiste, auquel il avait consacré toutes ses aspirations et convictions honnêtes et profondément sages. Il est resté en deçà d’une série de changements imprévisibles à son temps… Je n’ose pas imaginer ce qu’il se passerait si j’avais la chance de le rencontrer maintenant… Qu’est-ce qu’il dirait en sachant par exemple que depuis 2015 deux cent quarante-six personnes ont été tuées en France lors des actes de terrorisme, que les États-Unis ne sont plus les libérateurs d’antan… pour ne pas parler de ce qui se passe en Italie, de la corruption, du chômage de plus en plus dramatique, de la perte de confiance dans la politique !Je me souviens de son chapeau gris, de ses costumes avec gilet qu’un tailleur de sa confiance lui fabriquait de façon qu’on ne s’apercevait pas de son allure un peu courbe. Et je me souviens, bien sûr, de son penchant pour Doris Day…
Je me souviens de son arrivée à Cortina d’Ampezzo, au début du mois d’août de l’été 1955, avec la Fiat Giardinetta « Roma 155394 » (eh oui, je me souviens aussi du numéro de la plaque…). Il s’agissait d’une voiture d’occasion qui ne dépassait pas les 80 km/h sans être attrapée par un inquiétant tremblement. Pourtant, notre père s’aventurait sans aucune crainte dans les pas dolomitiques, tout en emmenant les quatre autres membres de la famille ainsi que la cousine Dora ou, d’autres fois, mon oncle Dodo et ma tante Antonia… Les montées étaient pénibles pour le radiateur qui fumait, mais les descentes étaient folles, accompagnées de chansons adaptées à nos esprits créatifs.
Il s’agissait parfois de voyages interminables, avec nombreuses étapes avant d’attraper notre but. Nous sortions chaque fois de notre glorieuse boîte de sardines comme autant de clowns d’un cirque. Et c’étaient pour nous des occasions pour courir, grimper sur des rochers, se rouer sur les prés, courir auprès d’une fontaine… Et, si notre terminus provisoire était Venise, une inattendue liberté du corps et de l’esprit nous comblait, en mettant à l’épreuve nos inépuisables énergies…Assis derrière notre père, nous apprenions insensiblement à conduire, sans besoin de leçons supplémentaires, rien qu’à le regarder. Parfois, il nous demandait de poser une main sur son épaule parce qu’il souffrait de rhumatismes en conséquence d’une vie très éloignée du sport et de toute activité physique. Il marchait longuement, bien sûr, orgueilleux de son bâton de montagnard embelli par les plaques des refuges… Mais son esprit contemplatif se traduisait surtout dans un amour invétéré pour son appareil photo, la fameuse Comtesse Zeiss, dont il se servait pour fixer à jamais le portrait des personnalités qui se formaient brusquement ou sournoisement en chacun de nous…
Derrière l’inexprimable « distance bienveillante » que son rôle de père équilibré lui imposait, il nous aimait plus que toute autre chose au monde. Cela se manifestait surtout quand quelqu’un de nous se faisait mal ou tombait malade… quand ma sœur aînée attrapa la pneumonie ou mon frère cadet tomba d’un vélo… ou alors quand j’eus mon premier incident de voiture…
Un ami m’avait accompagné à l’hôpital où l’on était en train de me recoudre un angle de la bouche quand je vis mon père arriver de son pas élégant, avec sa voix chaude qui ne se perdait pas en trop de mots ni surtout d’exclamations inutiles.
Cet attachement aux siens me ramène brusquement un souvenir assez triste.
Mon père, malade dans son lit, tenait foi à l’accord qu’il avait voulu lui-même : « Si vous savez que je dois mourir, ne me le dites pas ! » Donc il avait été soigné toujours avec le sourire, comme s’il s’agissait d’une mauvaise maladie d’où il se serait affranchi, tôt ou tard… Mais ce jour-là, quand mon frère fut convoqué par erreur pour partir en avance au service militaire, il eut une réaction inoubliable.
Depuis longtemps il n’appelait personne au téléphone. Ce jour-là, il s’empara brusquement du combiné et appela le Parti socialiste. Nous fûmes étonnés en voyant la désinvolture qu’il affichait avec les différentes personnes qui lui répondirent : il n’aurait pas eu la force de résister au mal sans avoir toute la famille autour de lui. Ou, pour tout dire, il ne voulait pas mourir sans que mon frère fût là…Pendant toute sa vie, cet état d’appréhension à fleur de peau, que toute la famille lui reprochait, se manifestait presque tous les jours si ma mère n’était pas à la maison.
« La mamma ? » disait-il en rentrant. Tout de suite après on le voyait à la fenêtre, ou alors il sortait pour aller à sa rencontre.Rarement, j’ai vu mon père s’aventurer à pied dans notre quartier de proche périphérie. Il partait en voiture même si elle rentrait de l’école avec le bus. Pourtant, il réussissait toujours à l’intercepter, retrouvant ainsi son calme et sa confiance.Et, le plus souvent, il préférerait l’accompagner à ses rendez-vous et l’attendre en voiture. Puisque la vie de ma mère et de ses enfants comptait pour lui même plus que la sienne, il se soumettait de bon gré et même avec enthousiasme à ce rôle de chauffeur-accompagnateur…Mais, ne travaillait-il pas ? Comment est-il possible que sa profession d’avocat lui laissât le loisir de s’occuper des déplacements de sa famille ?
Le matin il ne sortait pas très tôt, mais il avait sans doute une série d’engagements dans les tribunaux (et notamment à la Cour des comptes) qui l’épuisaient. En tout cas, il était assis à notre table ronde à tous les déjeuners. Après cela, il se reposait quelques heures avant de retourner à son cabinet où il recevait ses clients entre 17 et 20 heures. À 21 h on dînait. Il arrivait qu’après dîner il sorte avec ma mère, pour rendre visite à leurs amis et parents préférés. Je ne me souviens pas d’avoir vu mon père travailler le soir ou la nuit…
En fait, à toutes les émergences, il avait une impressionnante capacité de concentration dont il profitait pour exploiter chaque question à la vitesse de la lumière.Tante Lellina, sa sœur aînée, eut le confort de l’assistance juridique de mon père lors de la mort de son mari et de son héritage très compliqué : « Il écoutait en silence les uns et les autres attendant qu’ils se perdent dans les milles complications des choses dites ou écrites… et finalement, avec une impressionnante lucidité, Lello tranchait, tout expliquant de façon que tout un chacun pouvait l’entendre et, son jugement suivi, tout se déroulait sans secousse… »
Apparemment, mon père n’avait d’autres encombres que la peur de mourir, cette appréhension pour les autres qui rebondissait en lui-même sous forme d’hypocondrie et besoin d’être continuellement rassuré.
Tout le monde se moquait affectueusement de lui. Mais comment pouvait-il être confiant et indifférent avec la vie qu’il avait enduré, les morts auxquelles il avait assisté, la Guerre, la disparition précoce du père ainsi que de nombreux amis et parents ?
Au-delà de cette crainte spontanée, il était sans doute un homme courageux, prêt à affronter n’importe quel péril, sans pour autant se prendre pour un héros. Au contraire, il prêchait silencieusement un comportement honnête et altruiste où le seul héroïsme admis était celui de la cohérence et de la raison.
Mon père m’a appris des choses primordiales qui m’ont sauvé la vie et dont je ne me suis aperçu qu’avec le temps.
J’ai appris à conduire la voiture rien qu’en l’observant ; j’ai profité d’une inattendue attitude d’avocat dans mon travail d’urbaniste sans qu’il m’ait dit un seul mot ou expliqué un seul article de loi ; j’ai appris à faire un pas et même deux en arrière parce qu’il ne faut pas exagérer quand nos ambitions ne trouvent pas un contexte qui l’accueille ; j’ai appris à accompagner mes proches.
J’ai hérité aussi de mon père — qui avait joué du violoncelle pendant sa jeunesse et dessinait avec un sincère dévouement —, mon penchant pour l’art. Cependant, au lieu d’écouter ses mots qui prêchaient une application rigoureuse, je me suis inspiré, plus ou moins consciemment, à l’essence de son être, qui me transmettait la spontanéité du geste dans un esprit de liberté.
Et j’ai appris enfin à aimer Doris Day, une de rares stars d’Hollywood qui ait réussi à s’imposer comme femme douée d’intelligence et de combativité. Je la préfère à Katherine Hepburn, qui a joué des rôles pareils dans un contexte plus aristocratique, parce que je trouve en Doris un côté érotique tout à fait naturel.
Puisqu’on dit que chaque humain est toujours porté à choisir des partenaires qui se ressemblent, il se peut que mon père, ayant trouvé en ma mère la beauté d’une Ava Gardner, cherchât dans la blonde Doris une compagne également énergique et rêveuse !Giovanni Merloni
La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdier et Dominique Autrou. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot.Marie-Noëlle Bertrand, Éclectique et Dilettantechez Elise, Même sichez Giovanni Merloni, le portrait inconscientchez Serge Marcel Roche, chemin tournantchez Dominique Autrou, la distance au personnagechez Franck, à l’envichez Jean-Pierre Boureux, Voir et le dire, mais comment ?chez Hélène Verdier, simultanéeschez Noël Bernard, talipochez Jacques, La vie de Joseph Frischchez Marie-Christine Grimard, Promenades en ailleurschez Marie-Noëlle Bertrand
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fréquence 23
Accolant le mot qui précède à son immatérialité, cela fait un abri, une encoignure au soi, d’où goûter leurs passages parfois simultanés. L’eau se fracture en milliers d’elle tandis que lui est mouvement ou bien le flux astral du langage. Une voix que l’on regarde tout en se retournant. L’assimile-t-on à des tempêtes qui brisent les arbres et les maisons, venues des Bourbouilles insulaires, de l’atoll des Créolités ? Peut-être, oui, l’entendre ainsi, démonique, angéliaire, et troublée par le sort, celui de quiconque est né.
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fréquence 25
Suspendu, chutant, il faudrait l’écrire vertical puis obliqué par les vents cogner longtemps la fenêtre mais qui parmi les nombreux est aussi parallèle et près de l’horizon. On voit un cargo modeste sur son flanc, sang cuit qui se détache du rêve et des orages, du long gris fossile des durées, évidé, seul dans l’échouement. Finir ainsi, au bord de tout, liché par cette frontière, suçoté par les marées, sans éprouver d’elle(s) ni voir passer sur la corniche chaque jour à même heure dans une auto le spectre tricéphale d’un instant de bonheur. Conjointure de ses faces qui ne sont dos à dos, l’une tombe l’autre s’étale, et c’est d’un poids faramineux, d’une extrême immensité, tandis qu’au long du torse, de ta joue, ça caresse. Se trouver dedans, être sous, presque poisson-réflexe mais de surface, lagunaire, ou légèrement volant entre les deux abysses quasi-oiseau d’une mer et sa terre, intérieures. Encore, patienter son dégouttement, du tourmenté à l’évanescent, inattendu bien que prédit, une céleste dépression, éterniser de corps le fluide des secondes quand elle coule et ricoche contre les alluvions mentales, l’aggloméré de la poussière en concrétions pensives. Toute la langue côtière est giflée par l’altan, la trombe dure, ensuite, accalmié, l’on ramasse en sortant clovisses et bigornes jusque sur les toits ou pour l’un seulement quelque éros bleu pâle à tenir dans sa main. Au sein des terres très loin si gonflées de rivières, rien n’a changé.
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fréquence 26
Point d’accroche, ce qu’on lit d’autre que soi, le même, ou une affiche, la colère-couleur, un désir, l’air, mes doigts ce coin de miel qui s’épice, l’histoire des griffures. Va ma langue, lèche, ce qui leur fait horreur. Un pont sans arches court sur le nerveux, aux jonctions, l’écorce dérobe les corps ce qui voilé conteste toute exploration, l’accès à l’o intime, le cloîtré. Lettre mâle, à fleur de pieds, lâchant des sources retenues, adverses, masques et leurs prolongements de rues, dans (qui est extériorité), tout en agitements, flux entre les autos, le jeu subi voulu des apparences. Sang peut-être et moires, la bête sur qui fond le milan, le courbé invisible du croisement des lignes, d’elles et leur insensé distordu en des sillons-lumière. Un autre cheval, noir, sans pattes de devant, la vision à l’arrière, une croupe rebondie avec queue mi-chignon mi-faisceau qui s’achève en bouquet hennit le rire des âges. Nous trompés sous le flot.
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fréquence 30
Duel, et si au lieu de mort la matière s’accomplissait, forêt sans ciel, si dedans était son dehors et ce qui fut, embryonnaire, une promesse, ne retournerait au rien que le rien, compost acide de l’échec, et ni ruine ni vestige, sous les feuilles en linceul, le pourrissement salutaire.Or, avec du cassant dans la sonorité, de la fracture, des cicatrices, du cratère – un déjà depuis l’enfance marqué au fer, sacrifié – et le déliement final, musculaire, tout en déployé dans l’air qui (se) déchaîne, offre son velouté d’ardeur.Vocable qu’on enterre.
Du quoi par qui l’on voit d’une manière irrégulière se donne et nous trahit à des degrés changeants, en variations précaires, image plurielle de tout, arcs-boutants mobiles – plutôt chercher le froncement, la confection des plissures, s’insinuer dans l’ambulant – un dévaler monter en place de lecture, un le se dire – non repérable – passant ville, une, certes s’étend, périmétrale, stellaire, mais où l’on est sur plus que dans, à travers un champ inorganique
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fréquence 34
phonétique du manque – anémie – le contraire du tant, ce qui se vide et sèche après l’écoulement sur routes entre clairières, porté par des bateaux, continuellement. Jamais les trains rompent la veine, sitôt le coulant giclé et sa bille mâchoirée de chaînes, vont. Le cheval aussi ne cède son pas. Son globe plissé fixant les débords cruels. Attend qu’un jockey survienne chu des mondes là-haut, qu’ils se fassent tous deux centaure, pur allant. En robe de crème sale sous les eaux, immobile ou quand le soleil du multiple rose mouvant, hume l’espacité des mots que les livres oppressent. S’inondent autour d’eux lui, fausse bête, les gens qui parlent en gingivant, qui parlent et moulinent, le crâne dans les saturations, passent entre des camions, le brouhaha et la musique. Titube l’émacié au gré des solutions, puis poches creuses, il erre, errant, pendant que les mini-typhons descendus des antennes éparpillent même le vent. On ne sait pas de quoi là ce dedans, cet autre qui nous fait soi étant de la matière et pour les peuples aussi l’esprit, l’ardeur, la confusion, les luttes, le sacrifice, le répand sur la terre, la paix que donne un dieu versé pour le beaucoup mais qu’on ne comprend, qu’on refuse. Ceci figurant encore cruauté de l’intime, ou la perte l’union ou l’être du commerce, les trafics humains. L’amour et la violence. Un vagabond dans le jardin. Sa fierté.
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fréquence 38
On trempe la mèche dans l’huile de clarité, pas sûr que le dit en soit moins obscur, mais il résonne autrement que sous l’infléchi crépuscule, s’offre à l’horizontal du plan. L’oreille, l’œil, recueillent une copie, le fac-similé de lui, le cri-écrit gravé dans la hauteur s’étant brisé au monde adverse et sa propre colère – un écart – le voilà qui toupine au bas, à souffrir d’une absence et de sa mise à plat. Fragments de champs courts, presque identiques, que l’acte de voir amasse et resserre, concentre au point où tout se perd dans le rétroéclairage ; la chute des angles trompeurs brouille la lecture des sites. Aller au bout de lui, du poids de lui, de sa torpeur, sous le genêt, sous le ricin, au bout du soi dans l’attente de la courbure d’un rien qui changerait ne serait-ce qu’une marque sur la cire, descendre le diaire, celui d’hier, attiser l’iræ, le déliaire, l’irradié.
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fréquence 45
Si la nuit revient à dire, c’est de l’étonnement d’abord que non pas l’astre mais sa matière d’étendue croûteuse, soit ainsi nombreuse comme surface d’un dedans, ensemble sourde et claire. Est surtout ce qui fouaillé multiplement avec le fer, se remplit de ponctuations, de boursouflures, d’incisions, raclage du dos dont le soleil calcine les pelures, par une houe qui trace puis engendre des bosses là où les verbes s’énumèrent, se double d’une peau, par-chemin scarifié, le scripteur l’entaillant, toute cette manufacture visant le lignifié. Ne marchons pas seulement sur à l’aide des pieds, mais en ce qui équivaut derme sous les inflammations, les brûlures de l’herbe papier, cloques d’un texte buisson ; tandis que tourbillent des cendroles on est au labour du support, de la couche où s’ensèment l’en-tête et le corps, parcelle d’écran, sa tranche crue de pouvoir, le segment contre quoi se projette la main.
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Voyage au Lexique [fréquence 56]
[….] de moi, d’elle et d’il, fondant l’écrit, sa toile tramée de grillons, de silence et selon, des ailes d’une effraie magnifique, d’un duc à face pâle, petit, ou de ŋgbàndjà saisonnières. Il faudrait mettre le mot à l’envers pour voir ce qui se produit, ce qui advient de soi retourné en lui, le composer en lettres déclinées du vert, sombre d’abord puis jasmin. C’est le bruit pur, l’écoute, qui s’unissent, l’oreille qui se fait l΄une lui, et ce qu’on nomme brousse quitte pour aller où ? que trouve-t-on derrière ? — quel absent — une strie dans la masse d’obscur dont l’audio se détache, mute en monophonie, exactement devant l’étirement brumeux, l’estompe du géométral des buildings sans lampes ni fenêtres, sans disques autour des yeux, alors tendre à toucher la voix prononçant toutes ces choses qu’on ne connaît pas. Donc l’ignorance, mais de quoi, du haut du bas quand ils s’enlacent ? — celle plutôt du vide en qui naître le vent. Elle, son-souffle et nous sans savoir où l’on va, y compris dans l’écrire, le faire, seulement accréditer sa discordance en soi, l’absurde possible offert de la page au fond noir réglisse sur qui s’épreint, en qui s’emprime le corps des lettres, cours du dit, dans le multiple espacement des jours, avec vibrations nues du [ɥi] > hui, ruy, lui(t) < ondes nocturnambules, nyctaloptères.
