Ma paume, la peau tienne, l’unique ligne interne quand l’œil se cogne à l’encolure des arbres, contre l’air au-dessus d’eux rempli d’un soleil d’acier, qu’il frappe en bas sur la nuit, sa porte inouverte, sans le cuir de ton dos sous elle, glissante, je divaguerai, criant au supplice et le nom gravé sur ta cuisse irait aux enfers.
Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.
Regard
Pour vaincre quelquefois la distance infinie son détour tape au corps, fiche un coup de tranchant plus vif que la lumière, jet d’une lame aussitôt déguisé en habile air de rien. Tout passant, sans le voir, continue son chemin, ignore qu’un désir se trame, que des rêves l’enlacent, et l’on ne sait qui, des uns, des autres, s’en va mourir vers le soir, troué par l’amour incertain.
Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.
Forêt
Autre lieu où l’on se déporte à l’Est de tout, où l’on peut sans craindre bannir le moi, le nous, tribunaux féroces, et dans les rythmiques de ce dehors que l’on écoute, jeter son corps entier.
Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.
Bord
Près de quoi l’on se trouve sans cesse, qui pour n’être pas funèbre commence par un baiser, rapprochement d’embouchures lointaines. Mais les chairs s’écartent, encerclent toute distance et t’exilent aussitôt ; le mot louvoie par vent contraire.
Le multicouloir est l’organe buccal de la ville, un trou, dont la langue est nombreuse. La ville énonce ce qu’elle comprend, mais que dit-elle ? Rien. Ou le moins qu’elle puisse dire : pas plus que ce qui la compose, qu’elle contient et libère au sein de son multicouloir conjointement trou et mamelle : langue qui suit le fil de son ventre d’araigne. Chacun des termes de l’énoncé de la ville étant un point de sa trame langagière et vibration d’un corps participant de son lieu sonore, dire et ne rien dire s’équivalent ici. La ville est mutité parlante dans le trou de sa bouche, verbale endophasie qui tapisse son canevas mammaire, en qui toutes les espèces, humaines ou non, se déplacent et bruissent.
Le trou, dans l’écrit, est l’inconnu de la ville et de son image. Mais trou est aussi une image, une image de la ressemblance de la ville. On produit dans l’écrit une image de l’esprit. Trou est une image de l’esprit de la ville, non la seule. Trou est corps de l’esprit de la ville. L’esprit de la ville est l’inconnu de son multicorps. Qu’un autre que moi, dans sa chambre à soi, écrive plutôt que la ville est un trou, la ville est une mamelle, mamelle est aussi bien que trou l’inconnu de la ville et de son image. C’est que l’image entrée par la fenêtre de sa chambre à lui n’est pas tout à fait la même, après 100 millisecondes, que celle qui est entré dans la mienne. Lui, re-produit cette image en donnant à son inconnu la forme-image mamelle, quand je lui donne la forme-image trou. Aussi bien mamelle que trou sont ressemblance de l’image du multicorps de la ville et l’esprit de la ville peut prendre autant de forme qu’il y a de fenêtres.
on voit, sur le globe en verre, elle qui monte, se retire, et nous possède de son bruit, ce que ça dit, si nous passions, par dessus ses bords, vers les Amériques, une autre manière, ça changerait quoi, tu parles : la condamnation, partout, ne vivre qu’au pays de soi, celui de la vapeur primale, du premier bonheur humide, et pur qui montait de terre, quand la police des dieux ne nous regardait pas, on parle, de la misère, la seule chose qu’on ne nous prend pas, mais l’un dit : tu le sais, que d’avant, l’état de nature n’existe, que la boue charrie toujours le fleuve qui grandit
oh quoi, il le sait, on parle, cherchant, des idées qu’on extravague, des motifs de ne pas sombrer, on se raconte des histoires, depuis les millénaires — presque à nos pieds, elle ne cesse, de revenir, d’aller, et, tombant de la route, sur nous, des sonorités coupantes, Éros sort, gravit la pente, vers les cris, quitte les mots, leur torpeur, parfois seulement sentir le corps, sentir l’espace identique, quasi, de la peau d’autrui, la pesanteur de sa vie, ce qui parait de ressemblance, interne, à la surface, et se peut, qu’en suite d’un alcool ou deux, on s’évapore, par grâce, dans la nuit ;
lui — l’un des trois, nous de retour — tandis qu’elle se douche, se verse l’eau qui graisse, devant la mer, sachant déjà que nous ne l’aimerons pas de cette manière, qu’il faut la prendre par le côté, hors du cadre, dans son débord intime, sa fuite, alors qu’elle ne le peut, prisonnière des terres, il ne contemple pas, ni cherche que ça lui dise, ce non-livre, un trou, comme l’or, là-bas, l’utopie du père, qui rentrait, poumons cramés, par le gravier, la poussière, fouettait l’amour, le fragile enfant — ce bruit, ce bruit, de revenant, le temps peut-être, qui se lasse de nous-mêmes,
couvrant, bientôt, le jour futile, la nuit s’approche par derrière, alors que faire, de lui qui meurt, rentre le corps, les bestioles et les vers, dans le sable, aussi, une fois les lampes allumées, elle nous serre, et quoi du temps juste passé, de cette vie, trop quotidienne, on reste autour de la lumière, chacun de nous dans ses pensées, le trou de soi qui se transfère, en des images, sur les murs, le cinéma de la mémoire, le cerveau avec ses histoires, son délire préhistorique — l’air diffuse, épais, le transpir de marins qui passent, et sur l’ennui de nous l’éclat de la lune grasse
Éros : — j’embrasse le corps, ses endroits, les brulures du sol à la saison sèche, et les marécages, aussi, des fois, une grande zone de steppe, qu’on parcourt à cheval, toutes les forêts primaires, pirogue le fleuve, jusqu’à l’embouchure,
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Éros devant la mer — attend, assis, dans le sable coupant, les brisures de coquilles, l’une ou l’autre bleue et peut-être qu’un amour glisse, l’œil à travers, la gueule un peu blessée, sa vie imaginaire — attend, dans, non pas seulement face, le vide et ce vide en lui, la profondeur de la béance, abime autre que soi, d’où surgissent le nom et la présence
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— très souvent, dit Vénus, dans l’amour, personne ne voit — un peu, du temps, se déplace, on rentre, patients et silencieux avec au ventre, lourd, un creux qui se promène
Éros devant la mer — vient quelqu’un, qui s’éloigne, dans sa part de temps, inconnue, de lui-même, ne sachant, qu’il va, dans son propre temps, qu’Éros lui voudrait connaitre, à chaque fois s’éteint, trop tôt, la promesse, du corps, d’un visage, qui passe au bord de l’eau, des vagues temporelles sans regarder le fond, ni le possible de, la surface du vent
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l’autre ne vit à hauteur de soi, chacun ne parcourt que sa peau, le paysage de ses coupures, le cratère des boutons — très souvent, dit Vénus, dans l’amour, personne ne voit