puis cette nuit entière qui te découpe, tu glisses dans le noir broyeur de squelettes, mangeur de mots, que trouent encore des phares, la brume des lampadaires, entre leurs cassures les voix de gens qui errent [fin de la séquence du jour] — sous ton drap délavé, l’odeur de ce qui se tait, que tu ne transpires, parmi les jacinthes le sommeil de l’eau ; te rassure une pluie légère, ses flocs sur le toit, dans le fond du seau, la lune qui se noie n’entre plus par les brèches, comme autrefois, quand tu pleurais, pour n’importe quoi, rien, t’endors-tu ainsi, le cœur à ce rien, le peu qui te reste, que tout près de toi murmurent les rhizomes et que des grenouilles ronchonnent — on entend le rêve soupirant des chiens, la tiédeur des tôles, et de temps en temps, par l’autre côté, une moto qui vient ; et des coups de feu ; un songe grotesque : tu cavales nu, une foule t’acclame, alors que t’enrobe l’usure du tissu pour contrer le froid — nouveaux coups de feu, ça court sur les sentes, toi, avec tes jambes tu irais très loin, jusqu’à l’Atlantique, à la nage jusqu’à Bioko, tu nagerais comme une jument, la tête hors de l’eau, à voir les étoiles les feux des cargos, les porte-conteneurs, leur chargement bleu, un pli de lumière ;
Étiquette : Eau
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Tirésias de nuit (4)
des graphes que font tes seins, qui naissent patiemment, te masse le plaisir du tissu léger, leurs crêtes érigées par les injections, boussoles tactiles choisissant le lieu, la place où le jour, sang sur le coton, va venir mourir, et tu reviendras ‒ parfois ton long nez, en partant, s’élève, humant les distances, crâne renversé, alors comme si nu, grisé, tu te lances, les voutes tendues, en l’étroit chemin, l’arête fine autant que ton rêve grand dans la ville énorme, tu ne fermes pas, laissant tout derrière, gangue de ta jeunesse ‒ oh Tiré, ton cul, tes jambes de cheval, l’équerre qui se trace, de la voie, de l’air, avec ta fierté, lèvres un peu pincées dont se moque Éros, ton élan superbe dans le premier plan, les bulles remontant des vases devant, l’odeur d’aquatique, d’hormone, de safran, jetée sur le vert, son grain qui s’étire, si noir si dense, doux contre ta peau, et pas d’humains qui te regardent ‒ moment seul où passant ce gué rien n’abime cette brève joie ‒ à suivre le trait ni vraiment de terre et ni vraiment d’eau, entre dix mille fleurs au bout de leurs mâts, qui s’ouvrent, dressées, et qui engloutissent des bourdons velus et de minces guêpes,
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un aspect de mangrove
Là quand il pleut (beaucoup), ça prend un aspect de mangrove, d’un territoire flou, comme arrive sur le miroir que se brouille le maquillage des faces ou d’une même odeur les formes imprécises, à ne plus reconnaitre son propre corps. Vénus avance que l’eau nous fait changer de place, opère des transmutations. Qu’alors on peut voir dans la rue de grandes femmes-poissons (non comparables aux sirènes) et des lanternes de cargos ou de simples pinasses traversant les constellations. Ensuite du soleil rétablit le cadrage, l’ordre des dimensions mentales.
Vénus en son salon #36
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sur de l’eau désœuvrée
Les immeubles, les collines aussi, tout parait flottant sur de l’eau désœuvrée, oisive. Ça oscille légèrement. Dans la tête, et sa mesure du temps. Vénus, à certaines heures, s’emporte contre la machine, sourit devant son gouter, fantasme ou chantonne. Si Éros sonne, on fuit jusqu’au bois, au lac, où l’on traine, précédant la mort, chacun de nos pas, flânons en lisière, en bordure de tout, les nuits, la détresse, les réprobations, la vieille infortune et le soin qu’on prend à se départir du mode courant, on marche toujours offrant aux regards l’un ou l’autre portrait de soi ;
Vénus en son salon #29
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Vénus revient à l’aquatique
Vénus se fait tresser. Des mains expertes forment au sommet d’elle un clapotis de marée, l’émaillent de scintillements, clartés lunaires sur l’eau, paillettes de sirène, en cette Nativité, elle qui ne sait pas nager revient à l’aquatique. Devant le moins cher, les deux l’attendent au snack d’à côté. J’ai raflé la mise aux dames, affirme Tiré, qui a mis son costume. Éros n’en a pas, mais une boucle d’oreille, des bagues à ses doigts. C’est qu’aujourd’hui on visite de l’immobilier, de la friche urbaine. Une bâtisse quasi inachevée, dont on voit qu’elles façonnent la ville, la parsemant d’yeux noirs plus vivants que ses fenêtres.
Éros Sambóko #39
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fréquence 25
Suspendu, chutant, il faudrait l’écrire vertical puis obliqué par les vents cogner longtemps la fenêtre mais qui parmi les nombreux est aussi parallèle et près de l’horizon. On voit un cargo modeste sur son flanc, sang cuit qui se détache du rêve et des orages, du long gris fossile des durées, évidé, seul dans l’échouement. Finir ainsi, au bord de tout, liché par cette frontière, suçoté par les marées, sans éprouver d’elle(s) ni voir passer sur la corniche chaque jour à même heure dans une auto le spectre tricéphale d’un instant de bonheur. Conjointure de ses faces qui ne sont dos à dos, l’une tombe l’autre s’étale, et c’est d’un poids faramineux, d’une extrême immensité, tandis qu’au long du torse, de ta joue, ça caresse. Se trouver dedans, être sous, presque poisson-réflexe mais de surface, lagunaire, ou légèrement volant entre les deux abysses quasi-oiseau d’une mer et sa terre, intérieures. Encore, patienter son dégouttement, du tourmenté à l’évanescent, inattendu bien que prédit, une céleste dépression, éterniser de corps le fluide des secondes quand elle coule et ricoche contre les alluvions mentales, l’aggloméré de la poussière en concrétions pensives. Toute la langue côtière est giflée par l’altan, la trombe dure, ensuite, accalmié, l’on ramasse en sortant clovisses et bigornes jusque sur les toits ou pour l’un seulement quelque éros bleu pâle à tenir dans sa main. Au sein des terres très loin si gonflées de rivières, rien n’a changé.