des graphes que font tes seins, qui naissent patiemment, te masse le plaisir du tissu léger, leurs crêtes érigées par les injections, boussoles tactiles choisissant le lieu, la place où le jour, sang sur le coton, va venir mourir, et tu reviendras ‒ parfois ton long nez, en partant, s’élève, humant les distances, crâne renversé, alors comme si nu, grisé, tu te lances, les voutes tendues, en l’étroit chemin, l’arête fine autant que ton rêve grand dans la ville énorme, tu ne fermes pas, laissant tout derrière, gangue de ta jeunesse ‒ oh Tiré, ton cul, tes jambes de cheval, l’équerre qui se trace, de la voie, de l’air, avec ta fierté, lèvres un peu pincées dont se moque Éros, ton élan superbe dans le premier plan, les bulles remontant des vases devant, l’odeur d’aquatique, d’hormone, de safran, jetée sur le vert, son grain qui s’étire, si noir si dense, doux contre ta peau, et pas d’humains qui te regardent ‒ moment seul où passant ce gué rien n’abime cette brève joie ‒ à suivre le trait ni vraiment de terre et ni vraiment d’eau, entre dix mille fleurs au bout de leurs mâts, qui s’ouvrent, dressées, et qui engloutissent des bourdons velus et de minces guêpes,
Étiquette : Corps
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Tirésias de nuit (3)
vite, presque tu cours (percevoir reçu, étal, personnes louches) au sein d’une ville grande et claire, mais alors on se trouve à côté de soi (détails des recoins) tu sens que l’inconnu te touche, seuls les visages dans un brouillard y compris celui de la main, le sien, cherche un angle, te pousse, intemporellement (en cela une félicité), une certaine rondeur, la matière qu’on peut pénétrer, pas de doublure, de figuré, ni d’astreinte à poser le cadre pour représenter, simplement tu vois, de l’œil dans ton ventre, bien qu’une question, qu’après ce plaisir, tombe l’opacité ; tu voudrais garder la paume du rêve, sa caresse, l’impulsion, mets pourtant tes pieds sur la sente proche, glissante de boue, d’huile à la surface, de suppurations, marches de travers (le songe t’habite), d’abord sens tes doigts, les flaire (pourquoi), ou rassoir ses fesses, avant de sortir ‒ déflagre le chœur des grenouilles diurnes avec le soleil, un fracas d’odeurs ‒ les lotus d’ici, la couleur crème, et des nénufars au jade brulant, ce revers sombre te mange le sexe, cette verge-qui dans ta tête même n’existe plus, ombre d’eux sous l’eau, leurs cercles fendus, sors avant qu’un trop-plein de mouches ;
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Tirésias de nuit (2)
Long poème d’une marche dans la ville, suivant le rythme de son « personnage », Tirésias de nuit est livré par fragments ; il importe si l’on prend la lecture en cours de route, de lire les « épisodes » précédents.
bruits d’enfants sales, de vaisselle, toi, dessine, sur une page de ton carnet, la ligne courbe infinie, l’entrée du matin, sa lumière malgré le tourment : affronter dehors, l’addition des masses, sa candeur, son obscénité, le flou de l’image, la peine du cerveau (voir et transcoder), puis ventre vidé, s’assoir sur la couche, fixer rien devant, ne plus exister une seconde au moins (oblige à penser une impesanteur) ‒ des bouts de paroles, des gamins qui vont, avise-toi, par le biais cassé du miroir, de la propre disparition des traces et du remords de la nuit ; joindre, recoller les hachures du temps, ce qui s’éparpille, malaise soudain, inconfort du sang, chaque aube creuse un puits au seuil de ta porte, un remugle au fond, empêche que tu sortes, te retient l’élan, vrai que tu hésites d’aller jusqu’au soir dans la crudité ‒ on entend bourdonner l’instant, son pas lent qui traine parmi les murs, diverge du rêve véloce, quasi divin, tourne encore un peu, rattrape la main, humaine envers toi, suivant son destin, celle qui t’emmenait à la minutie, la surconcision, au précis réel, loin du jour, son indistinct,
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Tirésias de nuit
Faisant suite à Éros dans et hors de son lit et Vénus en son salon, Tirésias de nuit est le poème d’une marche dans la ville. Trop long pour être ici livré en une seule fois, il le sera par fragments, ce qui ne permettra pas la lecture de l’ensemble qu’il faudrait évidemment faire ; néanmoins cela rendra compte davantage de l’écriture s’efforçant de suivre le rythme de son « personnage ».
Ouvre, ferme, tes yeux : la tache du ciel de lit, trouée par le milieu, anus, bouche, qui grandit, frissons quand sur ta peau goutte une glaire de pluie ‒ d’autres s’éveillent dans le ghetto ‒ bouge aussi tes longues jambes de cheval, frotte le drap, de chaque pied, on entend déjà des prières, le jour ne passe ni les toits ou le semblant des fenêtres, déployer, le corps, les gestes de la pensée, rapporter du sommeil un très vague bonheur, le sentir à l’endroit des cuisses ‒ les porcs et les chiens fouillent les poubelles, tôt, des mots se combattent entre joie douleur ; toi, Tiré, sors après les rites, la toilette, l’eau si froide dans la bassine, une huile le long de ta chair, plis qui frottent (marcher), coco sur le visage lisse ou beurre de karité, le son de la radio (émission nationale) dans une chambre lointaine, la spasmodie des tôles, squelette, et longuement les mâles qui pissent, poussée de tes cheveux dont Vénus fera des tresses, sentir encore avant que ça ne disparaisse (comme un fantasme dans les journaux) non par une punition du dieu juste un accord de soi, désir non contre une volonté d’en haut, mais vœu qu’on s’octroie de faire (passer ‒ du deuxième au troisième texte ici) ;
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notre propre géométrie
Retour au salon, les jambes moins lasses. Arrose les plantes avec minutie. Du dehors observe la réfraction, celle de la contenance des corps, le biais du vitrage, l’amorti des sons, la perspective de ce constant mirage qu’ajustent les nerfs à notre vision (et les signaux de la migraine, le prélude d’une insomnie). Comme d’une autre se parle de soi, pour tenter de s’apercevoir, casser l’angle d’où l’on mesure, à partir des vieilles tournures, notre propre géométrie. Puis rentre au logis, ondulante, belle, au sein du plaisir de penser plus loin que l’amer des jours.
Vénus en son salon #50
S’achève ici cette série.
Commencera, sans doute en octobre prochain, Tirésias de nuit.
Puis nous retrouverons les trois (Éros, Vénus, Tirésias) au bord de l’eau.
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l’haleine d’une mangue ouverte
Quand sa voix dedans vibre trop, Vénus retrouve Éros au bord de son lit, l’écoute lui dire la nuit, les tressaillements du cœur, comment les corps se donnent puis s’enfuient, comment on résiste à l’enfer, que ces choses parlent de l’esprit, ça l’apaise, la chambre, le volet clos, un subtil parfum nu d’écorce et de peau, l’haleine d’une mangue ouverte. Énonce le jour, la douleur des doigts, le sang dans les veines, en mots drôles, précis, coupants, et comment aussi se rendre secrète, avec ses chapeaux, son look bizarre, dériver, triste, heureuse, jusque vers le soir ‒
Vénus en son salon #48
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à l’adresse de la nuit qui vient
L’horizontal, la vie qui passe, et le travers, les déclivités, du corps réel ou fantomatique, troublé, l’esprit en ses aller-retours, d’un rien à de petites choses, les entrecoups, la rue, encore la vie qu’on mène, contre soi, la clôture, les amours, Vénus tresse des mots dans sa tête, Éros s’assoit dans un coin, quelqu’un se penchant sourit, laisse de la buée sur les yeux, on y cherche les plis du passé et des traits communs, un point même microscopique pour sauver le jour, parler à l’adresse de la nuit qui vient ‒ et quoi dire de nous, d’elle ‒ trouver la place où s’endormir ;
Vénus en son salon #40
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Présence
Ici, c’est comme ailleurs le bruit et la fureur du monde,
mais avec une tout autre présence des corps.Un théâtre de corps qui demeurent terrestres.
Les yeux pourtant se détournent,
les forêts sont passées et les rivières défuntes.Le bruit et la fureur du monde, il me semble avoir lu ces mots dans La chambre de Jacob, de Virginia Woolf.
Le bruit et la fureur du monde, il me semble l’avoir lu dans La chambre de Jacob de Virginia Woolf