Chemin tournant

Serge Marcel Roche

    • Sur le chemin
    • Parution 2025
    • Parution 2023
    • Mini bio
    • Infolettre
    • Contact

  • Les yeux dans l’obscurité

    Il reste au bord assis longtemps, lorsque nous sommes sans lumière, les yeux dans l’obscurité, parfois, trop sommeilleux, il torche pour aller boire ou se vider, ou relire très éveillé des pages usées par la tendresse de ses doigts. D’autres livres sont bien mais si longs, qu’à les prononcer la bouche fait mal. Il manque une bouilloire électrique. À tout-en-haut on apprêtera du thé sur un réchaud, de la tisane, dont on savourera le goût de pétrole. Tirésias mimera des sapeurs avec juste une paire de lunettes et Vénus les clientes du salon. Je n’aurai personne d’autre à singer, nous rirons de bon cœur.

    Éros Sambóko #33

    23 novembre 2021
    Livres, Lumière, Obscurité

  • L’inventaire de mes déchets

    La femme à l’enfant qui me regarde, dans la cour, près du manguier, fouille le sac-poubelle jeté derrière sur le tas. Que tire-t-elle de l’inventaire de mes déchets : caillots humides de lessive, mouchoirs ratatinés, mégots, l’emballage d’une capote anglaise, un tract par l’Église de la Trompette Ultime : à n’y voir que du feu. Quand Vénus arrive, elle épie. Et Vénus vient, avec dans l’œil un lieu propice au rêve, escaliers, couloirs, dernier étage sans portes ni fenêtres, une résidence in-finie, qui s’enfonce de côté, vers le bas où courent les eaux sales. On passera par-dessus les mots DÉFENSE DE PÉNÉTRER – INTERDIT SOUS PEINE.

    Éros Sambóko #32

    16 novembre 2021
    Inventaire, Lieu

  • Éros rentre à la chambre

    Éros rentre à la chambre, au lit et son attente d’un quoi qu’il sait imaginaire – ce que l’on pense n’arrive pas – il plonge dans le dévouloir du sommeil. À la voix qui rêve en lui s’entremêle celle pornographique d’un quelconque messie, sur le pardon et la richesse. Des cris. Le vent passant. Des notes de bikutsi. La rumeur du fin-fond de l’horizon il l’entend quand même. D’un possédé son halètement d’amour. Le soupir d’un membre giclant. La solitude. L’astralité d’une caresse rude. Encore le vent, et la poussière. Le temps. Qui tous s’agrippent à son destin difforme.

    Éros Sambóko #31

    8 novembre 2021
    Chambre, Corps, Nuit, Sommeil

  • Un tout-en-haut vaste, ouvert

    Sans préalable au rendez-vous on va chacun chez Marcelline, qui nous appelle amours dans un recoin de son café. Elle apporte un faux Bordeaux. Et dit c’est bientôt Noël. On cause de vies, de corps, d’histoires qu’on n’a pas, mais qu’on n’aimerait pas avoir. Les autres sont loin de nous. Éros est déjà pompette. Vénus a l’idée que peut-être : squatter un appartement, une ou deux fois la semaine. Pour se mettre à l’écart. Sortir de cette comédie. Un tout-en-haut vaste, ouvert. Crois-tu qu’ainsi nous rêverons mieux. Le peu de choses ira par terre. Y pousseront des roseaux, des bambous de Chine. À trouer le toit.

    Éros Sambóko #30

    5 novembre 2021
    Corps, Histoires, Vie

  • À gauche de l’image

    Il chemine tout à gauche de l’image, le reste : un champ confus d’herbes aquatiques, des nénufars fripés à cause de la saison. Contre un ciel éteint dans le fond une sorte d’arbre, malingre et torturé. Il filme le passage qui s’agrippe au tableau. Pour ne pas en nocturne partir dans le décor. Hors-cadre, des fragments de murs, beaucoup de reliques à leurs pieds, traces de l’amour, d’autres vertiges. Quelques teintes pastel encore avant la rue où l’esprit tangue un peu. Sur un trottoir il gagne au jeu de dames l’argent de la bouillie, la sauce du riz, le loyer.

    Éros Sambóko #29

    1 novembre 2021
    Cadre, Décor, Image

  • en bordure d’un ghetto

    Tiré habite une case en bordure d’un ghetto – Vénus y est allé – une cellule de poto-poto à côté du marécage. Des lotus, parfois, comme des sexes sur l’eau. C’est loin, mais de quelle part de soi, de quel endroit du plan qui nous a forclos. Le bailleur nomme studio la solitude où loge Tiré, les gens parlent de mauvais lieu, égal mauvais garçon mauvaise fille. Souvent s’approche un jacana, levant ses grandes pattes au-dessus des feuilles luisantes, qui évoque le propre allongement de ses jambes. Il arrive qu’un poussin malhabile s’abîme et se noie.

    Vie d’Éros Sambóko #28

    4 octobre 2021
    Case, Ghetto, Lotus, Marécage

  • Vénus s’est endormie

    On attend le point du jour, Vénus s’est endormie. A-t-elle un chez elle avec une cuisine, un canapé en bois de cercueil tapissé de peluche rose ou vermeille, des napperons couverts de poussière. Elle ressemble à une peinture restée dans l’entrée. Aux couleurs vives malgré la fatigue de mes nuits. Oubliée. Elle ne parle qu’à deux, hormis celles qui se font poser par ses mains des huppes sur la tête et ne la regardent pas, leur dit des faussetés, une même rengaine. On la croit. On a peur d’elle. Pas moi. Nous les trois, sommes toujours entre la détresse et la joie.

    Vie d’Éros Sambóko #27

    8 juillet 2021
    Canapé, Cuisine, Détresse, Joie, Peinture, Sommeil

  • Poème d’amour et de Pygmésie (4)

    Les poissons-pilotes font-ils du vélo les méduses rêvent-elles de prendre le train et nous sur la plage de voir des bateaux monter dans le ciel dans le ciel si loin ce monde si haut qu’on nous a promis si l’on souffrait bien si l’on savait taire nos pauvres questions les poissons-pilotes font-ils du vélo les méduses bleues prennent-elles le train et peut-on s’aimer là au bord de l’eau sans que la police nous regarde
    12 juin 2021
    Amour, Ciel, Police, Question, Rêve

  • Contre le vacarme du bar d’à côté

    Vénus est au salon toutes lampes ouvertes, crues sous le plafond, elle garde les yeux clos – des plantes sur un guéridon, le verre d’une semi-table basse, les produits sur des étagères, des rajouts pendillant, sa robe fleurie, des gens qui traînent à presque-minuit derrière la vitre sale. À Sainte-Lumière, il n’a pas trouvé de chapeau, alors il ferme autour de son cou un sautoir où s’accroche une pomme et elle pleure. A, B, C, tu tournes, quand la queue se détache la lettre augure le nom de ton amoureux. On dit queue ou pédoncule. Si c’est un vrai fruit. Ils dansent, lentement, contre le vacarme du bar d’à côté. Sans toi je n’irais pas loin.

    Vie d’Éros Sambóko #26

    18 Mai 2021
    Chapeau, Danse, Lumière, Pomme

  • Un peu de bonheur qui dépasse

    Zone presque grise après le quartier, d’un gris de vieilles photos où les passants sont rares mais visionnaires. Chacun va selon lui-même d’une pauvre lumière à l’autre, traverse le dehors plat, tristement matériel, Éros en apparence car il cherche la cicatrice du canal, la baraque de chantier, le lieu, non pas idéal, plutôt fantasmatique, où rester, indigent, être là, un domicile du moi sans les murs de la chambre, avec un peu de bonheur qui dépasse. Si seulement. Il bifurque, diverge l’itinéraire commun par une sorte de lande pouilleuse, remonte le croupissement de l’eau dans son conduit, prend la pente d’un tertre jusqu’à l’ombre, en haut, d’un abri de misère où personne n’attend.

    Vie d’Éros Sambóko #25

    11 Mai 2021
    Abri, Chambre, Misère, Zone

Page Précédente Page Suivante
ISSN 2610-7449
  • S'abonner Abonné
    • Chemin tournant
    • Rejoignez 157 autres abonnés
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • Chemin tournant
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre