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Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • la ville semble, un trou

    Une pluie creuse les façades, à l’aplomb des devantures, ravine le crépi, quelqu’un s’arrête qui, derrière la vitre ne voit pas, d’ailleurs ça cesse ; la ville semble, un trou, très grand dans l’univers, Vénus sommeille à l’intérieur, rêve de quoi ‒ la maison, mère mitoyenne, où l’enfance flottait sur un carrelage froid ‒ d’une tristesse à soi, jamais d’amour charnel, ne rêve pas ; les souvenirs, on dirait que sa mémoire, renvoie tout hors des murs, loin du clos où l’ennui, rongeait la chambre, une valise, l’affection sans tendresse, les contours imprécis, de deux fantômes noirs ;

    Vénus en son salon #6

    19 juillet 2022
    Enfance, Mémoire, Pluie, trou, Vénus, Ville, Vitre

  • une jupe rouge pavot

    ‒ Quand on nait, imagine, un œil te scrute le sexe, tu pleures, la mère aussi, ou montre ses dents, s’endort, tu cries entre des mains étrangères, après quelqu’un t’enfiche avec le nom, qui impose une vie, de joie et de misère, écrit : poids, taille, chevelure nombreuse, impatience, mauvais caractère ‒ d’un côté, des sortes d’objets en plastique, de l’autre, où tu achètes une robe à fleurs, une jupe rouge pavot, des affaires de tous genres, entre, toi qui attend, de plonger les doigts dans leurs têtes, petite sur un tabouret bas, avec le jour qui va et ton tablier vert ;

    Vénus en son salon #5

    12 juillet 2022
    Corps, Doigts, Jour, Mains, Sexe, Œil

  • ou sous des néons roses

    Vers les quartiers propices ; Vénus gratte sa bourbouille qui se réveille, partage avec Éros la même irritation, contre le temps qui coule, blanchit ses avant-bras, d’excipient à l’oxyde de zinc, que les clientes détestent : on te croirait lépreuse ‒ et, sans méchanceté, mes ongles dans ta chair grasse ‒ on voit le défilé du jour, pensant que rien, pas de chose comme du dedans, compris derrière les portes, les écrans ou sous des néons roses, jamais éteints, un jeu seulement de points, qui se déplacent, surs de leur corps, sans hasard, pendant que toi

    Vénus en son salon #4

    5 juillet 2022
    Corps, Eros, Temps, Vénus

  • assise quelquefois, au soleil devant

    Et que les chalandes caressent, de leurs plus ou moins grosses mains, lissant le cellophane, cherchant de l’œil, à travers, un reflet des couleurs qui sied à leur teint ; Vénus s’en amuse, assise quelquefois, au soleil devant ; on ne sait pas d’où sort, tout ce flot de matière humaine ‒ ces peaux qui recouvrent quoi ‒ pareille à la sienne, non plus que : où ça va, semblant pourtant connaître sa destination, le lieu, quelque part, une adresse, ou un ne pas vivre sans raison de vivre sans raison ; peu, certains marchent vite, vendeurs à la sauvette, montres et lunettes,

    Vénus en son salon #3

    28 juin 2022
    Couleurs, Mains, Peau, Vénus, Œil

  • au pied des corps ondulants

    Rue 3.180, étroite, désordonnée, mais on y passe, dit Vénus, où sise sa boutique sans nom, presque sans visage, au pied des corps ondulants ; ici ça masse, ça tond, tresse, parfois chignonne, une fidèle d’outremer qui bourdonne, si l’on fabrique un nid bien creux, qu’on enferme une abeille, dedans ; de quoi rire un moment, avec Éros, qui vient, au retour d’une partie de chasse ; le matin, Vénus monte une exhibition : perruques, crinières, toute la gamme, abhorrée, d’artifices, que fait bouger le vent, des oriflammes, que Tirésias nomme : pendouilles ‒

    Vénus en son salon #2

    21 juin 2022
    Boutique, Corps, Eros, Rue, Vénus

  • Vénus en son salon

    En suite de la vie de Éros Sambóko (désormais Éros dans et hors de son lit) commence au tournant du chemin une nouvelle série : Vénus en son salon.

    On étouffe au salon ; le dos tire, vers son dedans, senti mais ignoré, caverne d’os où flue la mer dont un jour – lequel – Vénus sortit pourtant, toute née déjà, droite, altière, peut-être – qui sait – belle avec les cheveux siens piquetés de jasmin porphyre ; Vénus souffre du bassin. S’imaginer jaillir des eaux, mais jamais ne s’en souvenir, et ne pas savoir pourquoi, ni le dire. Que parmi les anges solaires, certains voyant l’apparition, se noyèrent. Non, tu rêves, vraiment rien de ça, pas plus de papillons trempant dans les calices qui retombent vidés de leur pollen blanc ;

    Vénus en son salon #1

    14 juin 2022
    Cheveux, Mer, Salon, Vénus, Ville

  • Où nos corps défont l’image

    L’une de ces arrière-cours muettes où tu n’as d’étendue que toi, le paysage de ta cervelle, la mousse léchant les parpaings. Juste assez pour un rosier nain. Des fougères. Tes mégots dans une coupe en verre, tes jambes nues sous le soleil droit. Quand l’hypnose du jour s’éteint, un dernier tour dans la plaine, puisque nous partons demain. S’assoir devant la baraque, patienter une comète, pour la flamme, le vœu. Le toucher du grain. Une haleine d’or et de suint. L’exhalé de ton cuir. Après, tu regardes longtemps des lièvres qui se promènent, traçant leurs sinuosités, et sur l’air les tournants formés par des ailes neigeuses.

    Éros Sambóko #49

    Devant l’eau si grande, on cligne des yeux, il y en a trois qui se confondent avec le bois flottant, les rochers. La tache bise d’un tanker en train de dégazoliner. On parle d’une vie simple qui ne sera pas, des amours qu’on aura peut-être et de cette nuit sans fin, qui nous guette. Mais c’est le jour, nous dormons, sur toute la longueur du sable, du vent, dos striés par les coquillages. À cinq heures le soleil chavire, puis se noie, on se dit qu’il nous emporte. Vers des iles et leurs rivages. On ne sait pas ce qu’on fait là, en face d’un carré de toile forte où nos corps défont l’image.

    Éros Sambóko #50

    FIN

    8 mars 2022
    Carré, Corps, Image, Paysage

  • Nous, des ombres sans bruit

    Bifurcations (du texte aussi) qui désemparent, son imprévu, tes hardes dans un demi-pousse à peine, tu pleures derrière la maison. Cette chambre, je l’aimais. Vénus t’accueille au salon. On peut dormir sur un coussin puant le cosmétique, l’amidon de manioc, mais provisoire, sauf que de lourds rideaux n’éteignent pas la rue, le flux public, les camions. Ni d’être à moitié dehors. Trois jours me hantent la fenêtre close, la rigole odorante, le pépiage des sénégalis, l’univers qu’on se fabrique à partir de rien et cette aspiration curieuse à la normalité. Qui ne serait qu’un faux-semblant de toute manière.

    Éros Sambóko #47

    Sommes sortis agonisants d’un sermon plein de haine. Fraichement né, le verbe ploie déjà sous les poncifs. La sainte Famille défile dans l’allée. Applaudissez pour elle. Et les pécheurs sont humiliés. On se dérobe aux souhaits graisseux, poignées de main charnelles. Filons à l’appartement boire du vin et dans l’ivresse dresser une question : comment s’être rendus, voués, offerts à la géhenne. On mange un gâteau de misère. Ce qui semble le soir finit. Nous, des ombres sans bruit. Sous les festons de lumière, avec une présence dans l’esprit, Tiré repart au marigot, Vénus et moi à la vitrine. L’obsédant début de la nuit.

    Éros Sambóko #48

    1 mars 2022
    Chambre, Nuit, Ombre, Ville

  • Dormir au milieu des grillons

    Je me tape un peu triste le carrefour de l’A. On a malgré tout des repères : une pharmacie, les pépinières, où l’on arrose contre quelques jetons, la route qui part vers la mer. Pourquoi cet endroit, non l’envers, et marcher longuement jusqu’au vide, à l’étale. Moins sentir peut- être la morsure rapide d’un coït, au retour de nuit, dans la chair. Franchir les illuminations. Sans croire qu’on est un criminel. Un traineur de bas-fonds. Du cliché-surface (les étoiles pendues, les flocons) pourrait poindre quelqu’un, sa parole, illégale. Qui aurait été battu lui aussi, pour une autre raison, sans avoir fait de mal.

    Éros Sambóko #45

    Durée, séquence, mes pieds dans les ordures et l’optique qui s’efface (l’imperspective sur l’écran, seul le ton, l’écoute, d’ailleurs elle m’appelle – pour me dire quoi, qu’elle ne sait plus ce que ses mains ce que ses doigts, tu verras nous serons tranquilles – je dis que non jamais vraiment). Que je suis plaie, à l’instant même. Qu’il y a l’oiseau de couleur crème. Que la nuit brise. Que l’on m’attend. Pour une fois rester, défaire, dormir au milieu des grillons, à flanc de monticule, il est tard de toute façon, quitter là quand le soleil, trouver tes affaires sur le seuil, gisantes, et que l’enfant n’habite plus sous les branches de la femme mère (à qui je dois six mois de location).

    Éros Sambóko #46

    22 février 2022
    Corps, Mer, Nuit, Oiseau, Route

  • Tiré peint des corps

    Avons hissé, mais comment, les choses les plus inutiles. Des extravagances. Un fourbi. Dans l’entrée, le moulage d’une forme humaine, assis sur une caisse à bières, ventre défoncé, trou noir aux angles blessants. Sous ses fausses cuisses, un caillou rond par terre. On trimbale ça de nuit. En riant. Aux murs, Tiré peint des corps, des corps murés, rouges, qui se libèrent, des corps mourants, verts, se réveillant, beaucoup de signes avec des barreaux devant qui sont, dit-il, la prison des idées des gens, des mots aussi, primaires, qui s’élancent, et nous, petits, dansant au milieu d’eux.

    Éros Sambóko #43

    L’une de ces cages en fil de fer où sont enfermés les jacos. Vénus y met un nounours usé à qui, en guise de regard, Tiré coud des boutons. Suis sans idée. Pourtant je sais faire les poubelles. Puis je badigeonne une nourrice percée. Bâtis des calicots. Sur qui l’on écrit pensées dans des langues nouvelles. Pensées sont des dires : autant j’ai la solitude que je t’aime ou nous irons demain. Tout un lexique ordinaire, abaissé, qu’on redore. La joie qu’on a soudain dans le corps. Ça recrée le sang. On transforme en scène les escaliers pour se jouer à descendre (plaisir) plutôt que monter (production), un acte par étage. Un soir, au rez-de-chaussée, Vénus annonce clore le salon, qu’elle aspire à d’autres beautés.

    Éros Sambóko #44

    15 février 2022
    Corps, Langage, Peinture, Sang, Vie, Ville

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ISSN 2610-7449
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