Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • j’aime je n’aime pas, suite et fin

    J’aime, je n’aime pas : cela n’a aucune importance pour personne; cela, apparemment, n’a pas de sens. Et pourtant tout cela veut dire : mon corps n’est pas le même que le vôtre. Ainsi, dans cette écume anar­chique des gouts et des dégouts, sorte de hachurage distrait, se dessine peu à peu la figure d’une énigme corporelle, appelant complicité ou irrita­tion. Ici commence l’intimidation du corps, qui oblige l’autre à me supporter libéralement, à rester silencieux et courtois devant des jouissances ou des refus qu’il ne partage pas. Roland Barthes

    À la manière de Barthes,
    autoportrait suite et fin.

    Je n’aime pas, les piqueniques, les cravates, porter un chapeau, les journaux télévisés, la visite des châteaux, la poussière, l’opéra, les bibliothèques, les infusions de camomille, Prévert, les choux de Bruxelles, le pouvoir, les supermarchés, l’arrogance, les milliardaires, je n’aime pas attendre, être retardé, les poèmes de Claudel, la peinture de Renoir, la plupart des bandes dessinées, la gelée de groseille, les aéroports, les pièces montées, la haine envers Annie Ernaux, la quiche lorraine, le masculinisme, le saucisson brioché, je n’aime pas les rituels d’écriture, le Livre de l’apocalypse, avoir du miel sur les doigts, la musique militaire, le concept de civilisation, les gens satisfaits d’eux-mêmes, le cognac, André Gide, le munster, la téléréalité, le vent dans la vallée du Rhône, la moquette, les violences policières, me salir les pieds, je n’aime pas les comédies musicales, les discours, la morale religieuse, le patriarcat, la jalousie, les réflexions en carrefour et les remontées, les culottes de peau, la vulgarité, Breton, les procédés, les sculptures de Rodin, les mariages, mettre des pantoufles, répondre au courrier…

    31 mars 2023
    Autoportrait, Barthes, Corps, Dégouts, Gouts

  • j’aime je n’aime pas

    J’aime, je n’aime pas : cela n’a aucune importance pour personne ; cela, apparemment, n’a pas de sens. Et pourtant tout cela veut dire : mon corps n’est pas le même que le vôtre. Ainsi, dans cette écume anar­chique des gouts et des dégouts, sorte de hachurage distrait, se dessine peu à peu la figure d’une énigme corporelle, appelant complicité ou irrita­tion. Ici commence l’intimidation du corps, qui oblige l’autre à me supporter libéralement, à rester silencieux et courtois devant des jouissances ou des refus qu’il ne partage pas. Roland Barthes

    À la manière de Barthes, mais un peu plus longuement,
    je livre cet « autoportrait ».
    Les j’aime d’abord, ça va de soi,
    et demain les je n’aime pas.

    J’aime, l’odeur du café et des sachets de lavande, le crépuscule du soir, les tourterelles, les milans noirs, les fleuves, les villes, les immeubles éclairés la nuit, la lumière des lampadaires, les champignons dans les prés, l’ombre des sous-bois, j’aime un paysage de savane arborée, la lune orange, le soleil rose, la grande forêt, les zones urbaines délaissées, les quartiers populaires, les senteurs d’une poissonnerie, les petites boutiques où il y a de tout, les dictionnaires, j’aime le sel, le gingembre, le whisky et la téquila, les tapas chez Quimet & Quimet, la cuisine indienne, le gratin dauphinois, j’aime écouter la radio, lire couché, balayer, les séries coréennes, le sencha, dormir, ne rien faire, le parfum des mandarines, les geckos, j’aime l’amour au temps du choléra, Virginia Woolf, Jean-Michel Basquiat, la poésie de Reverdy, Spinoza, les cactus artificiels, les décors en papier, la calcédoine, le romarin, le savon citron-verveine, la confiture de figue, les mangues, le ndolé, j’aime Beethoven, Pasolini, le lait de chèvre, le bar braisé, les libellules, le clignotement des lucioles, la nuit juste avant les forêts, la fraicheur des tilleuls, les dialogues Deleuze/Parnet, le camembert avancé, la pâte d’arachide, entendre Preciado parler, les biographies de six-cent pages, les textes courts, j’aime Coltrane, Picasso, les olives, les filets d’anchois, le peu, les mots chose et paysage, le verbe dégazoliner, Lou Reed, Patti Smith, l’album Harvest, la voix d’Asaf Avidan, le concerto pour la fin des temps…

    30 mars 2023
    Autoportrait, Barthes, Corps, Dégouts, Gouts

  • une tremblante tendresse

    Car le hors-cadre, ce que croient faussement la foule, les journaux, la ruse, cette fiction du déguisement, le fantasme gestuel, de nous : en-dedans, plus un monde solaire que leurs mythologies, plus de joie que leur rire méchant, un peu certes craintive, imparfaite, Vénus ajoute à nos débats : une tremblante tendresse, que l’on ne vit au même étage. Et de rentrer dans l’antre, dans la cage, coiffer quelques mégères pépiantes, et de grimer leurs faces alourdies par la conjugalité. Reste aussi qu’on désespère, pas moins que, à certains jours, ou d’autres pas

    Vénus en son salon #39

    28 mars 2023
    Joie, Tendresse, Vénus

  • l’inquiétude des bêtes

    On aime ces dévers, où gite une vie prudente, que personne ne voit, ces figures du côté qui penche, nous incline. En vivant l’inquiétude des bêtes dans leurs trous. La façon dont elles causent aussi, le verbe sous le masque des futilités, comment elles écoutent jusqu’à perte de son. Vénus dit la tanière en parlant du salon ‒ plutôt pour se moquer de toute l’obscurité mise derrière les façades. Leurs faux-airs de clarté. Les gens ignorent habiter pareillement sous la terre. Nous d’emblée on préfère le bas, l’enfoui, le caché, Vénus dit encore chérir la lumière.

    Vénus en son salon #38

    21 mars 2023
    Lumière, Salon, Vénus, Vie

  • la part vive d’ombrage

    Sur l’arase, pas de verre brisé. On se tient, séparés, dans l’obscur du langage, la part vive d’ombrage qu’offre le mur d’enclos, et de son autre bord, en pensée, au sein d’une vague friche, qui descend. Dont le désordre troue la logique des mots. On reste ainsi ou l’inverse, à se dire sans parler. On regarde le silence des herbes. D’un peu loin, contre la pente adverse, nous scrutent les maisons de leurs fenêtres vides. Amas de crânes inhabités. Tout en bas, bruit une sécheresse, murmure selon Vénus d’un sexe délaissé, ronron de vieux pubis en attente des eaux ‒

    Vénus en son salon #37

    14 mars 2023
    Fenêtre, Langage, Mots, Sexe, Silence, Vénus

  • un aspect de mangrove

    Là quand il pleut (beaucoup), ça prend un aspect de mangrove, d’un territoire flou, comme arrive sur le miroir que se brouille le maquillage des faces ou d’une même odeur les formes imprécises, à ne plus reconnaitre son propre corps. Vénus avance que l’eau nous fait changer de place, opère des transmutations. Qu’alors on peut voir dans la rue de grandes femmes-poissons (non comparables aux sirènes) et des lanternes de cargos ou de simples pinasses traversant les constellations. Ensuite du soleil rétablit le cadrage, l’ordre des dimensions mentales.

    Vénus en son salon #36

    6 mars 2023
    Cadre, Eau, Miroir, Pluie, Rue, Vénus

  • Présence

    Ici, c’est comme ailleurs le bruit et la fureur du monde,
    mais avec une tout autre présence des corps.

    Un théâtre de corps qui demeurent terrestres.

    Les yeux pourtant se détournent,
    les forêts sont passées et les rivières défuntes.

    Le bruit et la fureur du monde, il me semble avoir lu ces mots dans La chambre de Jacob, de Virginia Woolf.

    Le bruit et la fureur du monde, il me semble l’avoir lu dans La chambre de Jacob de Virginia Woolf

    3 mars 2023
    Corps, Présence, Théâtre, Ville, Yeux

  • souvent Vénus se repose

    Dans le verso, ici, de la lumière, où nulle force mâle ne violente les mots, où ne rampe la puissance d’énoncer une faute, ce jeu cruel des dieux, de leurs pendants humains, souvent Vénus se repose. L’ombre étire le réduit, des fleurs la petitesse, un convoi de fourmis, les courbes d’une rivière sur le ciment qui mousse. Abri que cette image, du lieu en noir et blanc, que sa douce rigueur, la vérité sonore des choses indécises. Mais au soir, passant par dessus, la couleur s’en mêle et décline les teintes, outre l’orange crépusculaire, de l’oubli qu’on se fabrique ‒

    Vénus en son salon #35

    28 février 2023
    Couleur, Image, Lumière, Ombre, Oubli, Vénus

  • l’oreille près de la clochette

    Vénus, entre clientes, quand ne demeure contre la vitre à regarder, s’étend derrière, au fond, dans un grabat, jouit d’une latence, d’une suspension, mais l’oreille près de la clochette. Ici ou là : zone d’ambigüité, comme une plage de la mer conjoint l’éloignement et la proximité. Et dedans, la lampe ouverte, qui assigne une réserve au temps, un semblant de fixité, tient son angoisse ailleurs, de l’autre côté. Se pense sur un navire qui erre, malgré l’ancre au mouillage, poussé à des ilots tranquilles, où vivent d’étonnants marins, anges sans vertus ni malignité.

    Vénus en son salon #34

    21 février 2023
    Angoisse, Lampe, Mer, Temps, Vénus, Vitre

  • une lecture des peaux

    De nos corps contraints. Parjures. Repoussés. On en fait l’invention, un atlas de chairs, une lecture des peaux. Tout un itinéraire. Incisions de l’enfance. Signes d’âge nubile. Empreintes des fornications. Puis on ne dit plus rien ou sinon que les eaux viennent lustrer la mémoire. On s’entend très loin de la terre, aux confins du bruit, des cadences humaines, aspirant à la vaste immobilité, aux vertiges de sa vitesse. Connaissant le malheur, dès la porte franchie, de ne pas exister, on sort pourtant, nuit venue, aller vers d’autres bans, les mêmes, s’y confondre ;

    Vénus en son salon #33

    14 février 2023
    Chair, Corps, Mémoire, Peau, Vénus

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ISSN 2610-7449
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