Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Dormir au milieu des grillons

    Je me tape un peu triste le carrefour de l’A. On a malgré tout des repères : une pharmacie, les pépinières, où l’on arrose contre quelques jetons, la route qui part vers la mer. Pourquoi cet endroit, non l’envers, et marcher longuement jusqu’au vide, à l’étale. Moins sentir peut- être la morsure rapide d’un coït, au retour de nuit, dans la chair. Franchir les illuminations. Sans croire qu’on est un criminel. Un traineur de bas-fonds. Du cliché-surface (les étoiles pendues, les flocons) pourrait poindre quelqu’un, sa parole, illégale. Qui aurait été battu lui aussi, pour une autre raison, sans avoir fait de mal.

    Éros Sambóko #45

    Durée, séquence, mes pieds dans les ordures et l’optique qui s’efface (l’imperspective sur l’écran, seul le ton, l’écoute, d’ailleurs elle m’appelle – pour me dire quoi, qu’elle ne sait plus ce que ses mains ce que ses doigts, tu verras nous serons tranquilles – je dis que non jamais vraiment). Que je suis plaie, à l’instant même. Qu’il y a l’oiseau de couleur crème. Que la nuit brise. Que l’on m’attend. Pour une fois rester, défaire, dormir au milieu des grillons, à flanc de monticule, il est tard de toute façon, quitter là quand le soleil, trouver tes affaires sur le seuil, gisantes, et que l’enfant n’habite plus sous les branches de la femme mère (à qui je dois six mois de location).

    Éros Sambóko #46

    22 février 2022
    Corps, Mer, Nuit, Oiseau, Route

  • Tiré peint des corps

    Avons hissé, mais comment, les choses les plus inutiles. Des extravagances. Un fourbi. Dans l’entrée, le moulage d’une forme humaine, assis sur une caisse à bières, ventre défoncé, trou noir aux angles blessants. Sous ses fausses cuisses, un caillou rond par terre. On trimbale ça de nuit. En riant. Aux murs, Tiré peint des corps, des corps murés, rouges, qui se libèrent, des corps mourants, verts, se réveillant, beaucoup de signes avec des barreaux devant qui sont, dit-il, la prison des idées des gens, des mots aussi, primaires, qui s’élancent, et nous, petits, dansant au milieu d’eux.

    Éros Sambóko #43

    L’une de ces cages en fil de fer où sont enfermés les jacos. Vénus y met un nounours usé à qui, en guise de regard, Tiré coud des boutons. Suis sans idée. Pourtant je sais faire les poubelles. Puis je badigeonne une nourrice percée. Bâtis des calicots. Sur qui l’on écrit pensées dans des langues nouvelles. Pensées sont des dires : autant j’ai la solitude que je t’aime ou nous irons demain. Tout un lexique ordinaire, abaissé, qu’on redore. La joie qu’on a soudain dans le corps. Ça recrée le sang. On transforme en scène les escaliers pour se jouer à descendre (plaisir) plutôt que monter (production), un acte par étage. Un soir, au rez-de-chaussée, Vénus annonce clore le salon, qu’elle aspire à d’autres beautés.

    Éros Sambóko #44

    15 février 2022
    Corps, Langage, Peinture, Sang, Vie, Ville

  • Chaque jour, on récrit le scénario

    De moi, suis le fantasme très ordinaire. Est-ce créer que l’écrire, décoller de cette condition. Qu’est-on sans le désir. Sitôt jeté sur la terre, on te cloue avec lui dans un lit. Le tien, celui de ton frère. Le dimanche d’après résonne à ton oreille impubère, bienaimé, que tout est sale. Tu écoutes des mots qui transpirent, pantèles devant la laideur des corps. L’issue n’est plus que tirer la porte derrière soi, unir la chambre au secret, où quelqu’un, le dieu peut-être, voit. Un jour tu croises Vénus par un détour, une conjonction planétaire, Tirésias qu’une sainte confuse a guéri de sa cécité, qui transite en lui-même, alors ensemble sans savoir, on va.

    Éros Sambóko #41

    Chaque jour, on récrit le scénario. On s’obstine à vivre. Moi, un morceau de peau, entre le carré dans la fenêtre, le lit, la porte close. Ils disent : je m’enferme. Mais j’échappe par un côté. La rue est ma vision, où je quête qui ferait de même. Je vais au canal, sur un autre bord de la nuit. Guère plus dangereux que la vie sociale. La chambre est périmètre de mon ennui, d’elle j’entends le monde passer. L’intrigue s’étire, réduite au corps pensée, dans les lenteurs de son mouvement, tend vers une image finale, le dénouement immobile. Texte : les draps fripés, le lavabo, l’œil en papier que le temps déteint sous son verre, des routes, des chemins tracés par le ciment.

    Éros Sambóko #42

    8 février 2022
    Carré, Chambre, Corps, Fenêtre, Peau, Rue, Vie

  • Les yeux du vide intérieur

    Il n’y a personne derrière ces yeux. On pourrait croire qu’ils sont les yeux du vide intérieur. Des trous, vus de la terre. Quand nous sommes au faite, dans l’éden d’une vacance nécessaire où sortir de l’enclos, l’une ou l’un dit : ce n’est pas un ciel mais on y respire. Un territoire d’oiseaux, pour les sous-espèces qui ne tissent de nids, dont le chant détonne. Les nocturnes, diurnes, semblables selon. Vénus avance que pas question ici d’être la mère. On s’entend. À se rencontrer là poussés par l’air. On refait le plan sans corridor-cuisine-salon, mais avec une pièce tout au fond pour l’animalité, brute ou possiblement nuptiale.

    Éros Sambóko #40

    31 janvier 2022
    Nuit, Oiseaux, Vide, Yeux

  • Vénus revient à l’aquatique

    Vénus se fait tresser. Des mains expertes forment au sommet d’elle un clapotis de marée, l’émaillent de scintillements, clartés lunaires sur l’eau, paillettes de sirène, en cette Nativité, elle qui ne sait pas nager revient à l’aquatique. Devant le moins cher, les deux l’attendent au snack d’à côté. J’ai raflé la mise aux dames, affirme Tiré, qui a mis son costume. Éros n’en a pas, mais une boucle d’oreille, des bagues à ses doigts. C’est qu’aujourd’hui on visite de l’immobilier, de la friche urbaine. Une bâtisse quasi inachevée, dont on voit qu’elles façonnent la ville, la parsemant d’yeux noirs plus vivants que ses fenêtres.

    Éros Sambóko #39

    25 janvier 2022
    Eau, Lune, Mer, Ville

  • La nuit dans sa confusion

    Éros compte un mort de plus au quartier ou ce sont des étranglements de coqs, un hurlement de chien, du tapage sur une moto, la nuit dans sa confusion qu’un chant de grive désavoue au crépuscule du matin. Éros allongé songe que tout se partage en deux, le reste, d’autres choses qu’il ne comprend pas, mais ce que dit le monde l’oiseau s’en fout de ça et que ses notes sonnent aussi contre lui-même, pense que certains volent en un ciel semblant si bas qu’on les condamne, alors qu’ils s’accouplent au vent ; pendant que les voisins levés font un bruit de vaisselle, il clame « À la claire fontaine » en se lavant dans son réduit.

    Éros Sambóko #38

    18 janvier 2022
    Nuit, Oiseau, Vent

  • Chacun s’absorbe en ses attraits

    On piquenique sous les eucalyptus, au Bois Sainte- Euphrasie, sur un lambeau de pelouse où des feuilles racornies, des ongles de sorcière, craquent quand on s’étend. Après un mauvais sandwich, chacun s’absorbe en ses attraits, sa mélancolie, suit un corps, un visage dans le cerveau, fornique dans l’imaginaire. Plus tard si l’on s’ennuie, on peut en face tourner parmi les rayons du supermarché ou rejoindre le lac et se moquer, non sans envie, de ceux qui font sans trop s’éloigner des rives, de la barque et du pédalo. À ce jeu, Vénus est tendrement féroce.

    Éros Sambóko #37

    11 janvier 2022
    Ennui, Mélancolie, Visage

  • Il regarde par les bords

    Il déambule entre les boutiques, toutes le long du trottoir. S’exposent des mini-sapins, leur chevelure factice. Du papier cadeau, où tu mires un revenant dans sa face interne, derrière la mort une image de toi. Des boules, ornements divers et des dragons chinois, un étrange arrangement. Éros goute l’hétéroclite, qu’il regarde par les bords. Il voit les chevilles des gens, repère, vite parce que ça fuit, s’en veut que pour rien une ombre le fascine. Arrive que sur la distance d’un corps au sien un silence devienne crument théâtre de l’amour, qu’en une seconde l’acte soit joué, de l’alchimie des odeurs à sa triste fin.

    Éros Sambóko #36

    4 janvier 2022
    Corps, Ombre, Silence

  • Elle illumine par le contraire

    On pare la ville, l’enguirlande jusqu’au ban, mais ici de maigres clignotis solitaires, des tortillons d’ampoules souvent décolorées, jaune, rouge, bleu, vert, du parme, de l’orange, le noir transpercé d’aiguilles de lumière. Vénus décore à sa façon. Elle illumine par le contraire. Une rose unique un jour, demain une coquette, elle pose au sol une coupe d’anthuriums turgescents. Tiré bricole en miniature un jardin japonais dont elle peigne le sable blanc. Éros suspend des becs-de-perroquet, dessous les mégères ricanent. On ne s’amuse jamais autant. Que de naitre soi- même, ainsi, dans une autre chair.

    Éros Sambóko #35

    21 décembre 2021
    Chair, Corps, Nuit, Ville

  • L’ombre d’une main

    Éros fume la nuit. Dans la cour vide, presque nu. À trois heures il pousse jusqu’à la rue, au milieu, ce moment sans humains, s’assoit sur le goudron qui se repose. Il y a des graphies d’insectes dans le halo du lampadaire urbain. L’ombre d’une main qui porte à sa bouche l’incandescence d’un bâton bleu, la fumée par les narines, l’aspect de ses doigts de pied. L’air surfe sur sa peau chaude à l’endroit des reins. Éros respire avant que vienne, haletant déjà, le camion du jour, chargé d’ognons et de misère. Son plein phare entre tes deux yeux.

    Éros Sambóko #34
    14 décembre 2021
    Corps, Main, Nuit, Ombre, Peau

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ISSN 2610-7449
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