Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • La voix d’un autre

    La voix écrit juste au-dessus de lui, voix d’un autre qu’on regarde en soi, lune familière, laborieuse à produire le son, l’interne musique qui sans elle ne s’entendrait pas, rien d’Éros ne se porte à la lettre, non plus aux chansons dans les rues saturées, dissolvant nos têtes, non plus aux livres (sauf peut-être si, de temps en temps), il se retourne sur elle qui s’affiche entre les scènes, sa vie c’est du cinéma muet (parfois), des gens qui lui courent après, s’agitent dans le décor, crient des mots contre sa face, des titres détachés du fond crème que le piano souligne.

    Vie d’Éros Sambóko #14

    16 juillet 2020
    Cinéma, Lumière, Lune, Musique, Voix

  • Première déclinaison du carré

    Éros aime hanter les lieux à demi construits. Ces friches façonnent aussi la ville, la parsemant d’yeux noirs plus vivants que les fenêtres. Il n’y a personne derrière ces yeux. Ce sont les yeux du vide intérieur.

    Photos : SMR

    12 juillet 2020
    Carré, Fenêtre, Vide, Ville, Yeux

  • Carte-photo du carré dans la fenêtre

    De la chambre d’Éros S. c’est ou pourrait être une image de la fenêtre, mais au village où l’on creuse l’or – voir le trou dans nos têtes. Il me semble cependant l’entendre dire que ce n’est pas,
    car le rouge serait plus sombre,
    moins artificiel,
    moins écrit.

    10 juillet 2020
    Écriture, Carré, Chambre, Fenêtre, trou

  • Le carré – 4 – dans la fenêtre

    L’œil est réduit par le carré dans la fenêtre, non bien sûr diminué, affaibli, au contraire, remis en place comme un organe désorbité, concentré comme une tête, simplifié. Le carré capture l’œil qui devient fenêtre, rien à voir avec la captivité, privation du regard et de l’audition, car par « l’œil » il faut entendre aussi l’oreille (dans une mesure moindre les autres organes qui ne touchent que plus difficilement le lointain), ni la prise, la saisie, l’arrestation, ou quelque opération des forces de l’ordre interne, on pourrait dire capturation, à laquelle l’œil non seulement consent mais s’offre. Il s’ouvre alors à ce qui survient de l’espace dans l’espace, dont l’écriture sera le montage (qui parfois peut être concomitant), la survenue se faisant mots, matière, qu’elle déplace sur un support, agence, informe, à qui elle donne une morphologie et rend possible son accession, hors des clôtures de la propriété. L’écrit devient tableau, loin pourtant d’être achevé, de même que la toile d’un peintre est toujours inachevée, car si le support est soumis à l’usure, l’œil du regardeur, de l’écoutant, ravive sans cesse ses formes, la couleur, par un juste retour, jeu du perdu et du retrouvé, et si comme elle il se déplie, se déroule, il demeure dans le carré irréductible à l’explication.

    Josef Albers

    2 juillet 2020
    Écrits, Écriture, Carré, Fenêtre, Regard

  • Une photo de la mère

    J’ai dit que non l’infance fut perplexe et ridicule, honteuse dans le banal. En face, une photo de la mère. Tenue d’église. Sac à main bleu. Toi, tout entier dans le blasphème. Elle, en fausse virginité. Ton œil crache sur. Elle, expiant sa gésine par l’ennui des rosaires. Toi caressant ta monstruosité. Elle, le corps de biais devant la croix d’autel, toi le corps baisé. Elle t’absentait longtemps, s’adonnant aux murmures, là-bas, contre le bitume du désert, mains gourdes et les pieds froids, rincée mais volontaire à produire l’œuvre de la séparation, à découper sa chair, comme transverbérée, inquiète de ne pas te haïr assez pour que tu naisses.

    Vie d’Éros Sambóko #13

    24 juin 2020
    Corps, Enfance, Mère, Photo

  • Le carré -3- dans la fenêtre

    Hors de la chambre, dans la cour rectangle du commun, s’affirme l’économie mesquine de la vie, le règne de la médiocrité, avec son arbre au milieu, les ombres. Éros ne fait que traverser ce faux semblant d’espace. On dit parfois d’un tableau que quelque chose le traverse, mais c’est ne rien dire, on en cherche aussi la composition, à trouver ce qui est au centre comme si au centre se trouve l’explication. Le carré n’a pas de centre, l’écrit n’a pas d’explication qui est le contraire du sens. Ce qui s’explique est toujours médiocre, le mesquin dépliement, la démonstration de l’action. Le prospectus de l’art. Éros traverse, mais en enjambant, non qu’il prenne le rectangle de haut, il évite une perte du temps. La rue c’est autre chose, ça va dans tous les sens, donc en aucun, la rue est paysage, multiplication du carré, contre ensemble, épiphanie du singulier (le détail, non l’accessoire), du moléculaire. Il ne s’agit pas de scène(s). La rue c’est la vision, sa question. La chambre et la rue sont conjointes, associées. Dimension cinématographique de l’écrit, mouvement. La marche, sur la rue, l’allongement, dans le lit, inversement, les deux sont passage. Anti-station. Éros n’est pas un veau à l’étable. Ce n’est pas parce qu’il reste longtemps couché qu’il n’est pas chien errant. Ou qu’il ne fait rien. L’art est aversion contre le faire, mais le faire mesquin, capitaliste. La chambre et la rue sont dépossession. Elles destituent le faux semblant de l’anguleux réel, du réel droit, directionnel.

    Malevitch

    18 juin 2020
    Écriture, Carré, Fenêtre

  • Vie réduite à sa double peau

    Éros lit, nu, les marques de son épiderme, exanthème, urticaire d’une genèse contuse, l’école, la maison, et la blessure petite, pas si vieille pourtant, la pointe d’un caillou au torse sous le sein, et l’abandon du père, renflements tungstène ou charbon, métaux qui brasillent en voies lactées — cicatrices de l’univers — vie réduite à sa double peau. Éros cherche en cette matière quand se fit le retrait, ce repliement léger à l’intérieur de soi, comment dès lors étant là il s’abstint et masqua sa colère, devint chien dans les rues, bâtard, devint métis, chienne. À peine s’il est midi dehors, à peine l’heure de quoi, d’une poussée d’histamine, d’un tohu-bohu de klaxons.

    Vie d’Éros Sambóko #12

    15 juin 2020
    Genèse, Peau, Urticaire, Vie

  • Le carré -2- dans la fenêtre

    On pourrait croire que ce qui prime, comme pour le cercle, c’est le centre, alors que c’est la surface. La surface est ce qui m’importe dans l’écrit, mais pas n’importe quelle surface, celle qui demeure visible une fois passé la « réalité ». Un poème n’a pas de centre, de géométrie, de pouvoir. Il est la surface-profondeur des choses, ou du moins ce que reçoivent d’elle les sens, le corps, et qu’ils mettent dans les mots. La surface étale partout son dedans-dehors dans le carré sans cadre, sans débord, carré qui la délimite certes, la découpe d’une certaine façon, sans la blesser pourtant, la concentrant en bout de peau — ce que sont, je crois, ces « autres écrits », des bouts de peau, son épiderme, son dessous. Les textes de la Vie d’Éros Sambóko sont des morceaux de peau, surtout pas des « morceaux de vie », ils forment une abiographie, Éros est un personnage sans histoire, il n’a pas de vie. La vie dont on cherche le sens, qui n’a pas de sens, n’est pas en jeu dans l’art. Le carré non plus n’a pas de sens. Éros habite le carré de sa chambre. Il n’a pas de vie dans le sens où les gens l’entendent, c’est d’ailleurs pourquoi ils ne l’entendent pas, pris par la rectangularité de leur existence, ils marchent droit. Bien qu’en géométrie le carré soit un rectangle, le carré ici n’a pas d’angle, il est peau. Les gens suivent une direction, celle de tout le monde qui leur est imposée, ils se conforment à la règle, seulement ils en arrondissent les angles. Le carré, lui, est le non-sens de la vie, il ne va dans aucune direction et ne tourne pas sur lui-même. Il est corps pur, sans morale ni destin.

    Malevitch

    11 juin 2020
    Écrits, Écriture, Carré, Poésie

  • Le carré dans la fenêtre

    La forme carré dérange, elle empêche de sortir, oblige à chercher dans l’image le dehors de l’image, elle cache la profondeur de l’image en nous la mettant sous les yeux, nous ne la voyons pas parce que nous fuyons la pesanteur du présent, or la profondeur est dans l’immédiat (peu importe le temps passé entre l’écriture ou la prise de vue et la lecture du dit), elle est toute donnée là, floue, obscure, incertaine d’elle-même et de son créateur, lui à son tour inquiet plus encore, détaché d’elle et pitoyable dans le recul, je parle de l’image confondue à sa profondeur, « elle », le carré n’étant pas ici la base pour l’humain (quatre choses à partir de ou sur quoi nous serions fondés — par exemple l’air le feu l’eau le métal-terre), ni une idée de l’ordre, de la morale (que serait alors plutôt le rectangle, œil blanc qui veille au coin sur l’écran télévisuel), ni un concept d’esthétique, c’est que le carré visuellement resserre, que le débordement est à se faire dedans, que le dehors d’elle et de soi n’est pas ailleurs. Dans ce format je conçois l’objet-poème ou de préférence, l’écrit (la poésie n’étant qu’une idole vide et le poème alors une obole), où l’on ne peut se tenir sur les bords, où l’on regarde la beauté « hideuse » et la merde en face. On se prend le propre dans la figure. La forme carré resserre sans rétrécir, condense sans étouffer, elle est un lieu plus intime (non la chambrée militaire, sauf peut-être sur un bateau) où l’on se disperse ensuite si l’on veut, pas l’intime toujours un peu dégoûtant du moi, un allant vers l’objectif, au fond, vers le tableau.

    Malevitch
    10 juin 2020
    Écrits, Écriture, Carré, Fenêtre, Poésie

  • Au milieu des chicanes

    Vivre avec le malheur, qu’on rencontre, celui d’un autre dans le sien trop propre, douci par les années, qui tape au cœur qu’ensuite tu oublies, occupé pour ne pas crever à tenir ton ménage — le petit rangement de soi — malheur solitaire au milieu des chicanes du boulevard Kennedy, la peine d’autrui jamais vulgaire, amer d’une mangue que tu suces, tombée quand tu passais en un moment perdu. Ne reste que le biais entrevu d’un visage et sous les coups du mensonge son histoire devient heureuse. La tienne aussi, peut-être, emplie de gré, futile ; achevée un matin par les roues d’une auto.

    Vie d’Éros Sambóko #11

    5 juin 2020
    Malheur, Mensonge, Peine, Visage

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ISSN 2610-7449
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