Faisant suite à Éros dans et hors de son lit et Vénus en son salon, Tirésias de nuit est le poème d’une marche dans la ville. Trop long pour être ici livré en une seule fois, il le sera par fragments, ce qui ne permettra pas la lecture de l’ensemble qu’il faudrait évidemment faire ; néanmoins cela rendra compte davantage de l’écriture s’efforçant de suivre le rythme de son « personnage ».
Ouvre, ferme, tes yeux : la tache du ciel de lit, trouée par le milieu, anus, bouche, qui grandit, frissons quand sur ta peau goutte une glaire de pluie ‒ d’autres s’éveillent dans le ghetto ‒ bouge aussi tes longues jambes de cheval, frotte le drap, de chaque pied, on entend déjà des prières, le jour ne passe ni les toits ou le semblant des fenêtres, déployer, le corps, les gestes de la pensée, rapporter du sommeil un très vague bonheur, le sentir à l’endroit des cuisses ‒ les porcs et les chiens fouillent les poubelles, tôt, des mots se combattent entre joie douleur ; toi, Tiré, sors après les rites, la toilette, l’eau si froide dans la bassine, une huile le long de ta chair, plis qui frottent (marcher), coco sur le visage lisse ou beurre de karité, le son de la radio (émission nationale) dans une chambre lointaine, la spasmodie des tôles, squelette, et longuement les mâles qui pissent, poussée de tes cheveux dont Vénus fera des tresses, sentir encore avant que ça ne disparaisse (comme un fantasme dans les journaux) non par une punition du dieu juste un accord de soi, désir non contre une volonté d’en haut, mais vœu qu’on s’octroie de faire (passer ‒ du deuxième au troisième texte ici) ;
