Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • pas de passé sur le vitrage

    ‒ On se repère aux écaillures, lézardes, à la circulation sanguine, au subterfuge d’un lampadaire, qui n’illumine rien des nuits ‒ les maisons s’arrêtent de marcher, se reposent, où s’évide la rue, pas loin ‒ on s’accroche aux enseignes, qu’on lit pour ne tomber, pieds suivant le bitume ‒ les replis du mensonge ; plus rien, Zoé s’enfuit, la vie autre que ce côté-ci, que Vénus un instant, croyait possible, sienne, ne reste dans le ventre, que la peur, son cinéma ‒ un bourdonnement d’usine ‒ pas de passé sur le vitrage seul un bout de mémoire avec ses faux-semblants

    Vénus en son salon #12

    20 septembre 2022
    Lumière, Vénus, Vie, Ville

  • Devenir-Ville

    Fini le village, sa vieille peau cuite. Retour à la citadinité, son anonyme enfer. Deviendrai-je autant ville que je fus la poussière des pistes, le tissage des arbres, les miraculeux oiseaux, les gens qui accueillirent l’étrange idiot, près d’un quart de siècle avant ? Peut-être ou sans doute pas. Le temps est compté, sauf s’il est de l’amour (impossible à savoir). Du village de moi resteront les écrits et l’inévitable dissolution des souvenirs dans l’esprit de deux ou trois parmi les nombreux, sans se faire d’illusions. Poursuivre avec le (même très vague) désir. Se poster face au carré dans la fenêtre, regarder. Aller avec l’image, sans jamais savoir où, ailleurs, plus loin. Se dire aussi qu’au sein du mauvais air, des fatigues, de la solitude, il y eut une joie, souvent discrète, mais vraie. Garder vivant ce trésor-là, pour ne pas trop pleurer en disant esangwa, bye-bye le village au bord des eaux sombres.

    18 septembre 2022
    Fenêtre, Image, Peau, Temps, Vie, Village, Ville

  • Parution prochaine

    Dans la collection La Bibliothèque des Éditions La rumeur libre, paraîtra prochainement Journal de la brousse endormie qui rassemble en un seul volume Ma vie au village, Journal de la brousse endormie et Conversation.

    Ma vie au village est un ensemble de textes, écrits pour la plupart de nuit, entre octobre 2014 et janvier 2018. Aucune intention ne présidait à sa composition. Les premiers mots Nous aurons vu passer tout le sang des forêts ne savaient pas plus que moi où ils iraient. Ni récit de vie, ni journal, encore moins relevé ethnographique, seulement des textes qu’en apparence rien n’ordonne. Un paysage. Le village, comme n’importe quel village là-bas, dans l’immense forêt d’Afrique centrale. Dire Ma vie, c’était faussement naïf, et un peu ironique, tant elle n’offre aucun intérêt. Quelques éléments biographiques légèrement voilés derrière le mur des arbres n’ont pas conduit à de l’histoire. Ça s’est un peu fait comme le dit Kenneth White (La Revue des Ressources, Entretien avec l’auteur), sans prétendre que la citation puisse s’appliquer telle quelle à mon labeur d’écriture :

    [Cela dit,] la grande question est de savoir où une œuvre commence et comment elle se développe. Au début, il y aurait quelque chose de biologique et quelque chose d’environnemental. Disons, un tempérament, et des circonstances. Si les circonstances ne sont pas trop hostiles, si elles sont même favorables (mais peut-être pas trop favorables), ce « tempérament » va pouvoir se développer. Comme dans la théorie des capacités auto-organisatrices de systèmes ouverts, c’est-à-dire à travers lesquels coulent de la matière et de l’énergie. Ou comme dans la théorie biologique de l’autopoiesis, selon laquelle l’évolution se fait par drift (flux, dérive), élément ajouté après élément, sans « but » connu à l’avance. Petit à petit, à un rythme de plus en plus soutenu, un ensemble de textes se constitue, que l’on peut appeler une « œuvre »

    Dans Ma vie au village, il y a beaucoup de détours, par le langage mis à l’écoute, par la route et son tracé colonial, les pistes intérieures, les sentiers de forêt qui échappent à toute cartographie, le dédale entre les cases, la grande ville, un glossaire des choses qui m’entourent, par l’invention d’une Histoire lointaine, d’une reine fantasmatique, par la chaleur, les pluies, le vent d’Est, par la vie dure et l’amour imparfait.

    Journal de la brousse endormie rassemble vingt-sept poèmes, choisis parmi près de quatre-vingts écrits entre 2006 et 2009, en 2012 pour deux d’entre eux. Ils évoquent en images le commun des jours dans la brousse, cherchant ce qui ne se voit pas, et qui permet de sur-vivre.

    Enfin, Conversation (avril-octobre 2010) n’est autre que ce que le titre indique, seize courts textes qui forment un échange au bord des arbres et de l’eau, celle de la Côte d’Opale et celle de la rivière, presque immobile, au pied du grand village où j’ai vécu durant vingt-quatre ans.

    Devrait suivre chez le même éditeur, dans le temps incertain, Bois rouge, une longue improvisation du chant pour instruments de la forêt, suivi de Génésie, tous textes parus sur ce chemin tournant, des extraits sur Œuvres ouvertes et en revues.

    Ossoko (merci) à Laurent Margantin pour son conseil, Joël Vernet pour son actif soutien, à Andrea et Dominique Iacovella pour avoir accueilli ce Journal de la brousse endormie.

    16 septembre 2022
    Brousse, Conversation, La rumeur libre, Vie, Village

  • ou la verve des pluies

    Surgissante Zoé ‒ dont on ne savait rien, qui dit fabrique-moi la tête, des grands jours ordinaires, une coiffure intense, avec de l’organique : ambre, plumes, bijoux de mer, et la bimbeloterie qu’apportent les courants d’air, ou la verve des pluies ; brefs préliminaires : Zoé sans origine, Vénus vénérienne, les couleurs du désir ‒ mais dans ses mains, cette vie tremble, incertaine, précaire ; quand tu sors, la trouille gite entre tes cuisses ; ajoute quelque feuillage, synthétique, le bord d’une lagune, un chemin de fer ; ainsi, dit la vie qui parle, on ne se perd jamais de vue

    Vénus en son salon #11

    13 septembre 2022
    Couleurs, Désir, Vénus, Vie

  • beaucoup de crasse, de candeur,

    Transparait la fatigue, ou un vague chagrin (Éros dirait avec raison tristesse, si l’on parlait de ça, d’un vide qui revient, de son reflet lunaire) une trace de bave sur le carreau ; les gens défilent à l’envers, qui ne comblent que peu la béance, le chaos de sa création, Vénus veut le plein, Vénus veut l’errance, mais leurs allures, le bruit, les corps, la rassurent, ce trouble dehors qu’on lit aux figures, beaucoup de crasse, de candeur, la mauvaiseté des pensées, leur amour du sang ; inattendue monte la vapeur, d’une bouche qui se dessine, des lèvres astrales et bleues ;

    Vénus en son salon #10

    16 août 2022
    Amour, Bruit, Corps, Fatigue, Lèvres, Sang, Tristesse, Vapeur, Vénus, Vide

  • le métal de sa paume usée

    Sa clarté, Vénus, mince lame de verre, opposée à la rue, frontière, il le faut bien pourtant, le monde tout extérieur pénètre son salon, s’assoit, dessous ses doigts, le métal de sa paume usée, et du soleil à contresens aussi, parfois, qui la traverse, fait une ombre de la lumière, peut-être qu’on éprouve, malgré sa rudesse, une forme de paix, qu’on en ressort oiseau, d’une autre planète ‒ Vénus, d’aucun côté, ne se laisse entrevoir, ne livre qu’une image, qu’une excentricité banale, familière, à chaque jour son chapeau, petites mises en scène, des nuages de fleurs, dans un pot ;

    Vénus en son salon #9

    9 août 2022
    Chapeau, Doigts, Frontière, Image, Lumière, Oiseau, Ombre, Planète, Rue, Vénus

  • les ombres et le bizarre

    Qu’importe où, on se promène : inaperçus, danser, sans que nous intrigue la brutalité, celle des mots, du voir, sans que l’on ploie sous la violence, la plissure des menaces, le corps s’insère, chaloupe, dans le flot ; on finit devant un verre, à dire peu, à se taire, mesurant tout, les ombres et le bizarre, des inconnus qui passent ‒ la cour, derrière, enfer des choses jetées là ; une pièce où les heures s’emmêlent, les senteurs d’éponge et de bois pourri ; pour jouer, Vénus tend l’oreille, vers ce qui, entre les murs alors n’existait pas, l’imprévisible du monde-ci ‒

    Vénus en son salon #8

    2 août 2022
    Corps, Cour, Mots, Ombre, Vénus

  • tel un chien maigre, immortel

    L’absence, Éros dit, ça voyage par un train de nuit, entre les étoiles : on y fait deuil des vivants ; Vénus pleure, pas beaucoup, à peine, puis sourit ‒ au crépuscule du soir, on se trouve bien, tout s’enfloue, les gens montrent le visage qui se perdra, dans l’obscurité, l’amour, sur son pas de porte, les suit avec le regard ‒ l’oubli, Éros cause encore, ça erre parmi, tel un chien maigre, immortel, mais sans des mains qui le caressent ; on descend le rideau et la rue perpendiculaire, allant vers un quelconque endroit, où l’on pourra s’attendre à rien, rien ni d’autre que soi-même,

    Vénus en son salon #7

    25 juillet 2022
    Absence, Amour, Eros, Mains, Regard, Soir, Vénus

  • la ville semble, un trou

    Une pluie creuse les façades, à l’aplomb des devantures, ravine le crépi, quelqu’un s’arrête qui, derrière la vitre ne voit pas, d’ailleurs ça cesse ; la ville semble, un trou, très grand dans l’univers, Vénus sommeille à l’intérieur, rêve de quoi ‒ la maison, mère mitoyenne, où l’enfance flottait sur un carrelage froid ‒ d’une tristesse à soi, jamais d’amour charnel, ne rêve pas ; les souvenirs, on dirait que sa mémoire, renvoie tout hors des murs, loin du clos où l’ennui, rongeait la chambre, une valise, l’affection sans tendresse, les contours imprécis, de deux fantômes noirs ;

    Vénus en son salon #6

    19 juillet 2022
    Enfance, Mémoire, Pluie, trou, Vénus, Ville, Vitre

  • une jupe rouge pavot

    ‒ Quand on nait, imagine, un œil te scrute le sexe, tu pleures, la mère aussi, ou montre ses dents, s’endort, tu cries entre des mains étrangères, après quelqu’un t’enfiche avec le nom, qui impose une vie, de joie et de misère, écrit : poids, taille, chevelure nombreuse, impatience, mauvais caractère ‒ d’un côté, des sortes d’objets en plastique, de l’autre, où tu achètes une robe à fleurs, une jupe rouge pavot, des affaires de tous genres, entre, toi qui attend, de plonger les doigts dans leurs têtes, petite sur un tabouret bas, avec le jour qui va et ton tablier vert ;

    Vénus en son salon #5

    12 juillet 2022
    Corps, Doigts, Jour, Mains, Sexe, Œil

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ISSN 2610-7449
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